ENTRETIEN CROISÉ AVEC HAFIDA AMEYAR ET ANNIE FORIO-STEINER

Un double travail de mémoire



...

Les deux coauteures reviennent, dans cet entretien réalisé en marge de la rencontre d’avant-hier organisée par l’Onci, sur leur rencontre, le déroulement de leur travail et sur les raisons du livre : une interview-témoignage portant sur le vécu d’une femme pas comme les autres qui a embrassé, à l’âge de 25 ans, la cause algérienne.

Liberté : Vous êtes coauteures du livre La moudjahida Annie Fiorio-Steiner. Une vie pour l’Algérie (édité par l’Association les Amis d’Abdelhamid Benzine), pourquoi cet écrit ?
Hafida Ameyar : C’était cette exigence de l’écriture de l’histoire. C’est aussi le choix d’une ancienne pied-noire, à l’heure où on parle de révisionnisme, qui s’est engagée corps et âme dans la révolution algérienne, et qui n'a jamais regretté. Donc, être Algérienne, Annie Steiner en est une. C’est une pied-noire et ce n’est pas n’importe laquelle. Elle a choisi son camp au moment voulu.

Annie Fiorio-Steiner : Ce livre est venu quarante-neuf ans après la fin de la révolution. C’était un concours de circonstances. Je me suis tué pendant 49 ans, en me disant que d’autres avaient plus de possibilités que moi d’écrire, parler. Finalement, quand je suis allée à ce colloque (sur Ahmed Benzine en 2011, ndlr), où j’ai parlé à une historienne française en lui disant qu’il faut donner les deux versions : l’algérienne et la française, Hafida voulait un rendez-vous pour une interview. Au début, je ne pensais pas accepter, mais finalement, je me suis dit pourquoi pas. J’ai vu mourir trop d’inconnus sans ouvrir leurs lèvres. Je me suis dit que moi aussi je vais partir sans rien laisser. J’ai accepté pour qu’on n’oublie pas ces personnes qui ont donné leur vie à l’Algérie. Comme avait dit Didouche Mourad : “Si nous venions à mourir, défendez nos mémoires.”

Comment s’est déroulé ce travail d’écriture ?
H. A. : Au départ, j’avais déjà préparé les questions. Mais au fur et à mesure, je me rendais compte que face à ses réticences au départ, il fallait approfondir certaines questions. Il y a eu beaucoup de discussion, de lectures, de débats, des accrochages verbaux, mais ça été très bénéfique pour nous deux. Et l’étude de Malika El Korso a été décisive pour délier la langue d’Annie. Dans ce travail, j’avais deux phases : l’interview et l’écriture. Au départ, ça se passait les jeudis, puis j’étais dans l’obligation de prendre un congé pour rédiger. Ensuite, on l’a revu ensemble. Cela a duré cinq mois, de mars à août 2011.

A. F.-S. : Dans l’ensemble ça s’est bien passé. Ça m’a permis de parler comme je voulais, avec des retours. J’ai des amis qui ont dit : “Pourquoi elle s’est laissé interviewer ? Elle aurait pu faire le livre elle-même.” Ils n’ont rien compris. En fait, j’étais toujours prise par ce sentiment qu’ont eu toutes les sœurs (moudjahidate, ndlr) : la pudeur. Elles n’ont pas parlé parce qu’elles considéraient qu’il y a toujours mieux qu’elles pour le faire. Mais ils sont morts. Il n’y a que nous qui pouvons parler aux jeunes. J’ai aimé les jeunes avant que le gouvernement ne les aime pour des raisons différentes. Finalement, je m’étais rendu compte que l’interview est très différente de l’écriture. C’est ce qui m’a débloqué la mémoire.

Vous avez soulevé un point important : la colonisation de l’Algérie est particulière, car c’est une colonisation de peuplement…
A. F.-S. : En Afrique, deux pays ont été colonisés par le peuplement : l’Algérie et l’Afrique du Sud. Les états-Unis sont la plus grande colonie de peuplement du monde. Elle est extrêmement difficile, et laisse des traces terribles. Nous avons lutté contre ça. De toute façon, le colonialisme est la plus grande injustice, la plus grande violence, et il ne peut baisser les bras, comme l’a dit Frantz Fanon, que face à une autre violence.

H. A. : C’est une particularité à l’Algérie contrairement à nos voisins tunisiens et marocains. Pour comprendre le problème des supplétifs de l’armée coloniale (harkis) et pour comprendre l’hostilité de certains juifs d’Algérie qui n’admettent pas encore que le pays est indépendant, on n’a pas compris qu’il y a eu une colonisation de peuplement. Cela veut dire qu’on ramène des peuples dans un territoire, on leur donne les conditions, à savoir cette civilisation européenne. Donc il y a le confort pour la grande majorité, car pour certains c’est différent, mais toujours est-il, ils étaient mieux que les autochtones. Au moment de l’indépendance, c’est le déchirement. Certains étaient installés en Algérie depuis plus d’un siècle, et du jour au lendemain se retrouvent au port pour repartir en France. L’image est cruelle, mais à qui la faute ? Pas aux autochtones, mais à ceux qui ont fait cette colonisation de peuplement.


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