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Interview inédite

le message cinglant de Krim Belkacem aux Français



Par R. Mahmoudi – Dans une interview inédite accordée à une radio française, et dénichée par le réalisateur algérien Rachid Derraïs, le leader et héros de la Guerre de libération nationale Krim Belkacem donne un cours magistral d’éthique, et toujours d’actualité, lorsqu’il dénonce les avatars de la propagande et de la désinformation, tout en lançant des messages forts à l’adresse des décideurs français et européens en général au moment où la guerre contre l’armée d’occupation battait son plein en Algérie. Tout cela dans un discours de haute voltige servi dans une langue parfaite.

Avec une très bonne qualité de son et daté du 27 août 1957, ce document de treize minutes est d’une valeur inestimable pour les chercheurs et historiens spécialisés dans la Guerre de libération nationale.

Dans la présentation, le journaliste explique qu’il a été reçu par Krim Belkacem «avec une très grande simplicité», en précisant que c’est la première fois qu’un membre du commandement de la Révolution algérienne accordait un entretien à un radio-reporter. Y en a-t-il eu d’autres depuis cette date ? Le journaliste ajoute que l’interview  n’a été caractérisée, «ni par le mystère ni par l’étrange». La seule condition, très légitime, posée par l’illustre chef de la Wilaya III historique est de ne pas révéler le lieu de la rencontre.

Interrogé sur les bruits colportés par les médias français le donnant tantôt comme mort, tantôt comme disgracié ou assigné à résidence surveillée «quelque part dans le djebel», Krim Belkacem rétorque : «Vous savez que la cause colonialiste, comme toute mauvaise cause, est par nature indéfendable. Il ne faudrait guère s’étonner alors que ses promoteurs aient recours aux mensonges systématiques et au dénigrement pour se donner une contenance. Ce qui est étonnant, c’est que d’aucuns puissent avaliser de telles méthodes et ajouter foi aux élucubrations des émules de Goebbels.» Et d’enchaîner : «La presse colonialiste, inspirée par les services psychologiques du gouvernement général, a tenté, mais en vain, de jeter le discrédit sur notre Révolution. A maintes reprises, les organes de propagande du colonialisme français, dont le cynisme n’a d’égal que le mépris qu’ils affichent à l’égard de l’opinion en général ont fait état de prétendues dissensions qui opposeraient les dirigeants de la Révolution en ce qu’ils appellent le clan militaire et le clan politique.»

Sur cette question, Krim Belkacem anticipait en fait, sans le savoir, l’interminable débat qui se poursuit jusqu’à ce jour autour de «la primauté du politique sur le militaire», devise chère à Abane Ramdane, éliminé, comme on le sait, en décembre 1957, c’est-à-dire trois mois seulement après ces propos !

Krim Belkacem relève pourtant que cette campagne de propagande était devenue «systématique et plus acerbe» depuis la tenue du Congrès du 20 août 1956. Il insiste que tout se faisait au sein des instances de commandement de la Révolution, dans «l’harmonie, l’unité et la discipline», et pense même que c’est là «un fait unique dans l’histoire des révolutions». Cependant, il est persuadé que la propagande mensongère ne va pas s’arrêter, «parce que les colonialistes français ne nous pardonnent pas, en effet, d’avoir réussi, justement dans l’unité et la discipline, à asseoir un organisme de lutte qui a tenu en échec leur appareil répressif et d’avoir pu organiser pour la lutte tout un peuple, c’est-à-dire des millions d’hommes et de femmes (…)».

Dans un registre plus diplomatique, Krim Belkacem, s’adressant à l’opinion internationale, reproche élégamment aux pays européens leur silence face à l’agression coloniale. «Ces pays, clame-t-il, sont d’abord tenus au nom des principes fondamentaux et intangibles, tant moraux que juridiques, auxquels ils ont souscrit.» A tous ces pays, il tient à rappeler que les nazis, «dont la culpabilité a été reconnue et sanctionnée au nom de ces mêmes principes, n’ont rien fait d’autre que reprendre à leur compte les méthodes de la politique colonialiste pour les appliquer aux peuples d’Europe. Il n’est que de lire les réquisitoires de l’accusation, notamment l’exposé introductif (…) pour s’en convaincre». Et de s’interroger, ensuite : «Que peut-on reprocher aux criminels condamnés à juste titre à Nuremberg ? Qui ne peut être retenu contre les colonialistes français ? Dans les deux cas, il s’est agi de guerre d’agression, de politique à fondement raciste, de pillage économique, de crimes contre les personnes physiques et contre la condition humaine.»

Krim estime qu’après trois ans de guerre, d’assassinats, de tortures et de camps de concentration, «aucun gouvernement, aucun homme d’Etat ne peut se retrancher derrière le prétexte de l’ignorance et demeurer dans l’expectative. A moins qu’un crime clairement défini et juridiquement sanctionné cesse de l’être dès qu’il ne s’agit plus d’un Européen ou d’un chrétien». Et de finir par cette émouvante et magistrale interpellation : «Est-ce que, oui, tous les peuples de la terre ont le droit de vivre libres et indépendants ? Est-ce que, oui ou non, les princeps au nom desquels ont été prononcées les sentences du procès de Nuremberg sont universels et doivent frapper ceux qui les transgressent ?»

R. M. 

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