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Le talon d’Achille de l’économie algérienne



Le climat des affaires est le talon d’Achille de l’économie algérienne. Aucun des 18 chefs de gouvernement qui ont eu la charge de l’améliorer n’a réussi ce challenge qui cristallise tous les problèmes d’une nation à laquelle on n’a jamais permis de prendre son destin en main. Un destin forgé au gré de la qualité de ses gouvernants, de l’importance de ses recettes d’hydrocarbures, des rapports de force à l’intérieur du pays et de sa place dans l’échiquier politique et économique mondial. N’ayant brillé ni par l’un ni par l’autre de ces paramètres, l’Algérie a toujours figuré au plus bas des classements effectués par les institutions internationales habilitées, à l’instar du «Doing busines» de la Banque mondiale qui ne l’a jamais classée moins de 120e sur les 170 pays en compétition. Les contestations quelquefois émises par les autorités algériennes à propos de la crédibilité de ces classements «malintentionnés» sont malheureusement vite contredits par les bilans bien maigres des IDE captés par l’Algérie, le sort peu enviable des entreprises en activité, l’essor du secteur économique informel et l’insuffisance de création d’entreprises. Théorie et pratique Le problème est si grave qu’il a fait l’objet d’une attention toute particulière des plus hautes autorités algériennes qui l’ont érigé comme préoccupation fondamentale à la faveur d’une refonte de la Constitution, promulguée en mars 2016. Un article lui a, en effet, été expressément consacré. Il s’agit de l’article 43 qui stipule, on ne peut plus clairement, que «la liberté d’investissement et de commerce est reconnue par la loi et que l’Etat doit œuvrer à améliorer le climat des affaires et à encourager, sans discrimination, l’épanouissement des entreprises au service du développement économique national». Depuis la promulgation de cette Constitution, l’amélioration du climat des affaires est donc au cœur de la doctrine économique algérienne et la question consiste plutôt de savoir pourquoi les autorités politiques chargées de lui donner corps par des décrets d’application n’avancent pas assez en besogne lorsqu’ils ne rament pas, comme c’est actuellement le cas, à contre-courant en prenant des décisions qui assombrissent encore plus l’environnement des affaires. Les ordres et contre-ordres relatifs aux règles du commerce extérieur, aux droits de montage automobiles accordés à certains concessionnaires, la révision continuelle, l’interdiction de la liste des produits interdits d’importation, l’arrêt du processus de partenariat public-privé indiquent à quel point les préoccupations politiciennes priment sur la volonté de régler une bonne fois pour toutes cette question du climat des affaires qui cause tant de tort à l’économie algérienne. Les dispositions législatives qui déstabilisent le climat des affaires sont généralement introduites dans les lois de finances annuelles et complémentaires, ce qui a fait dire à ce patron d’un grand groupe agroalimentaire : «Je suis pris d’angoisse, voire même de panique, à la veille de la publication de chaque loi de finances parce qu’elles nous réserve chaque fois des mauvaises surprises.» Les hommes d’affaires algériens qui ont besoin de lois stables, de visibilité économique, de fluidité administrative, mais aussi et surtout d’un Etat de droit hésitent, en bonne partie pour cette raison, à investir en Algérie, à moins de bénéficier d’une protection haut placée capable de leur épargner les désagréments de ce climat peu propice au business. Ces hommes d’affaires partent en effet du principe tout à fait compréhensible que pour qu’une entreprise puisse s’épanouir dans un pays, il faut absolument que son promoteur y trouve un environnement des affaires favorable. Sans ce pré requis, les initiatives entrepreneuriales susceptibles d’être lancées par des Algériens ou des étrangers courent le risque bien réel de ne jamais voir le jour ou, pire encore, d’être stoppées après de fastidieux efforts et de coûteuses dépenses qui peuvent, comme cela a été parfois le cas, mettre en péril la santé financière des promoteurs éconduits. L’échec de nombreuses initiatives entrepreneuriales en Algérie n’est pas, comme on pourrait le croire, dû à une quelconque tare des investisseurs qui ont pris le risque de tenter l’aventure, mais à l’insuffisance voire à l’absence totale de catalyseurs de l’entrepreneuriat que sont, à titre d’exemples, l’autonomie de gestion et la liberté d’entreprendre, pourtant officiellement consacrées par l’article 43 de la Constitution algérienne que l’administration refuse, pour on ne sait quelle raison, d’appliquer. Le gouvernement algérien continue en effet aujourd’hui encore à soumettre, contrairement à ce que stipule la Constitution, les projets d’investissement à des autorisations administratives préalables qui tardent à être accordées, lorsqu’elles ne sont pas carrément refusées, comme s’est le cas de l’usine de trituration que le groupe Cevital devait réaliser à Béjaïa. Il faut savoir que pour qu’un dossier d’investissement atterrisse pour agrément au Conseil national d’investissement (CNI) ou aux Calpi régionaux, les promoteurs devront accomplir au minimum une vingtaine de formalités pour la plupart payantes, engager de coûteuses études techniques et présenter de rigoureux business plans. Un dossier d’investissement qui ne reçoit son agrément que plusieurs années après son dépôt au CNI ou au Calpi est, on l’a compris, un projet qui a peu de chance de réussir tant les données qui structurent les business plans peuvent évoluer négativement d’une année à l’autre au point de torpiller la viabilité économique de l’investissement. C’est pourquoi les investisseurs recalés appréhendent plus que tout les réponses tardives. Volonté politique C’est à ces pratiques bureaucratiques qui structurent le climat des affaires passé et présent qu’il faut imputer ces échecs entrepreneuriaux et, non pas, aux investisseurs qui ne demandent qu’à réussir. La preuve de la capacité des Algériens à entreprendre est donnée par de nombreux compatriotes de l’émigration qui réussissent de belles affaires à l’étranger et, notamment, dans les pays où l’environnement juridique et institutionnel est particulièrement favorable. En France, en Belgique, au Canada et aux Etats-Unis d’Amérique, les exemples de réussites entrepreneuriales sont, en effet, nombreux. Uniquement pour la France, avec laquelle l’Algérie entretient, pour des raisons historiques et de proximité géographique, d’intenses courants d’affaires, le très sérieux Institut français de statistiques économiques (Insee) aurait recensé au début des années 2000 plus 100 000 unités économiques créées par des émigrés d’origine algérienne, offrant un peu plus de 500 000 emplois aux Français. L’écrasante majorité de ces hommes d’affaires a pour caractéristique particulière d’avoir gravi les échelons de la réussite économique et sociale par la seule force de sa volonté, aidée en cela, il est vrai, par la présence de mécanismes de marchés bien huilés et d’un Etat régulateur en mesure de les orienter et de les protéger. Placés dans les conditions de travail peu reluisantes qui prévalent actuellement en Algérie, ces derniers auraient, à l’évidence, peu de chances de réussir en œuvrant dans la légalité. Les faillites et abandons de projets qui ont sanctionné de fort nombreuses initiatives de nos émigrés en Algérie apportent en effet la preuve de la nécessité de s’atteler dès à présent à la mise place d’un cadre législatif et institutionnel plus favorable que celui qui y prévaut aujourd’hui. Un cadre qui, du reste, n’arrête pas de régresser au point de figurer, comme l’atteste le dernier «Doing Business» de la Banque mondiale, parmi les plus répulsifs du monde. Qu’ils soient algériens ou étrangers, les promoteurs d’investissements sont, nous en sommes convaincus, pratiquement tous à l’écoute d’éventuelles d’initiatives gouvernementales susceptibles d’améliorer sensiblement l’environnement des affaires, le but étant de rendre jouable le risque d’investir en Algérie. Si les initiatives entrepreneuriales restent insuffisantes par rapport au potentiel disponible, les hommes d’affaires, qui ont tenté de faire avec l’environnement des affaires disponible, sont toutefois nombreux à avoir contribué et investi d’une manière ou d’une autre en Algérie. Au bout de trente années d’ouverture économique le privé algérien a, en effet, réussi la gageure de réaliser plus de 80% du PIB hors hydrocarbures. Qu’en aurait-il été si le climat des affaires était plus favorable ? La configuration de l’économie algérienne aurait été, nous en sommes convaincus, toute autre aujourd’hui. La conviction aujourd’hui ouvertement affirmée par bon nombre d’hommes d’affaires algériens et étrangers est que, comme nous l’a affirmé un chef d’entreprise algérien installé en France, «les bonnes affaires se trouvent en Algérie où existe une demande sociale à satisfaire d’au minimum 50 milliards par an». Autant de produits et services correspondant à cette demande sociale, qu’il sera possible de réaliser sur place si le gouvernement algérien leur en donnait franchement les moyens. «Les hommes d’affaires algériens, notamment ceux qui évoluent à l’étranger, ont tous en tête un ou plusieurs projets à réaliser en Algérie, si l’occasion venait à leur être offerte mais, ajout-il, la prudence requiert de ne s’y engager que des signaux forts de changement seront donnés par les plus hauts dirigeants algériens.» Les principaux changements attendus portent, on l’a compris, sur la liberté d’entreprendre, la stabilité juridique, la mise en place rapide des instruments basiques de l’économie de marché (marché des changes, marché boursier, moyens de paiement modernes) et, plus important que tout, l’instauration d’un authentique État de droit qui protège les hommes d’affaires contre l’abus d’autorité et les interprétations tendancieuses de la législation en vigueur.  


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