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«Il ne faut pas faire des liquidités de l’informel une obsession»



- Evoquant un souci d’allégement des procédures, la Banque d’Algérie a pris pour décision d’annuler l’exigence de justification de l’origine des fonds. Que pensez-vous de cette mesure et de son impact sur la lutte contre le blanchiment d’argent ? Si votre question est d’ordre éthique, la réponse est évidente. Sur un plan moins normatif, il faut bien sûr s’interroger sur une telle prise de décision dans le contexte actuel. Derrière, il y a l’échec patent de toutes les campagnes passées de remise dans le circuit bancaire des liquidités du secteur informel. Par exemple, le fameux programme de conformité fiscale volontaire. Et pourquoi toutes ces tentatives tonitruantes ont lamentablement échoué ? Essentiellement pour un problème de crédibilité de l’action publique. La dernière mesure que vous mentionnez ne la rétablit pas. Plus fondamentalement, je suis tout de même sidéré par la constance de cette obsession algérienne, la récupération de l’argent de l’informel, comme s’il s’agissait d’une question de vie ou de mort. Certes, le contexte actuel est pressant, mais l’existence d’un secteur informel et sa taille sont une des conséquences, et non pas la cause, du développement économique déséquilibré et non maîtrisé de notre pays ces dernières décennies. Je vais aller encore plus loin : vu l’imbrication de l’économie informelle dans les circuits économiques ordinaires de l’économie, il serait même de très mauvais aloi et à tout le moins vain de vouloir la liquider coûte que coûte, surtout dans le contexte politico-économique actuel. - Le gouverneur de la Banque d’Algérie a aussi jugé inefficace un changement de monnaie pour éradiquer le marché informel sans pour autant donner de solutions concrètes de lutte contre ce phénomène. Quelle est, à votre avis, la meilleure façon de mettre fin à cet argent qui circule en dehors de la sphère légale ? Sur la question de changement de monnaie, Mohamed Loukal n’a pas tort. Le contexte actuel ne s’y prête pas. Le précédent indien doit nous faire réfléchir. Il y a une analyse très fouillée à ce sujet par l’économiste indien, Kaushik Basu, ancien économiste en chef de la Banque mondiale. Je répète que pour moi il ne faut pas faire des liquidités de l’informel une obsession. C’est un leurre absolu !  Les liquidités détenues par l’informel ont reculé ces derniers mois (de 105 milliards de dinars, si j’en crois la dernière étude de la Banque d’Algérie). Il faut continuer à prendre les mesures qui s’imposent pour qu’à terme, ces liquidités soient à un niveau naturel. Il faut tout simplement faire les réformes qui s’imposent pour que l’économie algérienne revienne à un fonctionnement et à une gouvernance raisonnables ; les liquidités de l’informel reflueront naturellement. Il y a un credo essentiel : la démonétisation de l’économie. Le paiement obligatoire par chèque pour les transactions importantes et le contrôle plus strict des opérations commerciales et financières liées à l’importation sont un premier pas, mais il faut aller beaucoup plus loin. Je ne suis pas sûr que le problème vienne de la bancarisation, même s’il est vrai que notre pays est en retard sur ce plan par rapport à ses voisins, mais implanter des banques à chaque carrefour sera vain si ce n’est pas accompagné de véritables offres de produits d’épargne et d’une véritable concurrence entre les établissements. La création d’un Observatoire de l’épargne, fin octobre 2017, est une très belle initiative à cet égard, même s’il faut veiller à ce que cet observatoire ne se transforme pas en «éléphant blanc».  L’autre chantier en friche est purement technologique, par exemple le développement de la monétique. Savez-vous que le champion du monde du Mobile Money est... le Kenya ? - 2000 milliards de dinars circulent en dehors du circuit bancaire. Est-ce là une preuve de l’échec du système bancaire en Algérie ? Comme vous pouvez le déduire de mes réponses précédentes, la taille hypertrophiée de la part des liquidités dans l’informel n’est pas uniquement imputable au système bancaire algérien, c’est pour ainsi dire le symptôme d’un dysfonctionnement généralisé de l’économie algérienne. Notre pays a eu la banque qu’il a voulu, n’est-ce pas ? Une partie des activités du secteur informel suit un motif pur et simple de subsistance : certains de nos compatriotes n’ont malheureusement pas d’autres moyens de survie que par l’informel, comme le montrent quelques études intéressantes du Cread. On est loin de l’univers clinquant des banques. Les activités beaucoup plus lucratives, dans le tertiaire notamment, qui alimentent l’accumulation des liquidités de l’informel doivent être étudiées avec une autre grille d’analyse, celle de l’économie rentière. J’ai déjà beaucoup trop écrit là-dessus dans les revues académiques et dans la presse.  Je vais vous épargner une énième digression mais vous m’avez déjà compris. - Le gouvernement a introduit une série de mesures pour rationaliser les dépenses et limiter la perte de devises dont la décision du gel de l’importation de près de 1000 produits. Comment évaluez-vous cette mesure et quelles pourront être les réelles conditions  pour l’élimination de l’économie de bazar ? Je me mets à la place du ministre du Commerce et du gouvernement, c’est un casse-tête considérable. Depuis 2015, beaucoup de choses ont été tentées pour réduire les importations, avec pas mal de succès initialement. Après, il y a eu beaucoup de cafouillages rendant illisible la politique économique du gouvernement en matière de commerce extérieur (et c’est un euphémisme). Pourtant, le contexte nous oblige à réduire les importations, et il faut le faire de façon rigoureuse, en éliminant scrupuleusement toutes les niches. Les derniers bulletins de santé du commerce extérieur montrent à travers quelques mauvaises surprises retentissantes que ce travail rigoureux n’a pas été mené à bien. On peut et on doit s’interroger pourquoi. Pour ce qui est de l’élimination de l’économie de bazar, c’est essentiellement la même question que pour le secteur informel évoquée ci-dessus. C’est un problème structurel qui ne se règle pas avec des opérations coup de poing. Ni avec des listes de produits.


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