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«Je ne pense pas qu'on s'engage, à ce stade, dans une guerre commerciale tous azimuts»



Le dernier G7 s’est soldé par un échec cuisant. Le président américain a claqué la porte sans signer le communiqué final de la réunion, mettant ainsi sous pression les partenaires commerciaux de son pays. Le commerce mondial semble accuser le coup. Dans cette interview, Alexandre Kateb, économiste, revient sur la stratégie Trump pour renégocier certains accords et les conséquences possibles de son dernier acte sur l’ordre commercial mondial.  Entretien réalisé par Ali Titouche   Le président américain, Donald Trump, a claqué la porte du G7 sans signer le communiqué final, maintenant ainsi la pression à son plus haut niveau sur les partenaires commerciaux de son pays, dont l’Union européenne, le Canada et la Chine. Quelles sont les conséquences possibles de cet acte sur le commerce mondial ?  Les communiqués des sommets du G7 n'ont pas de caractère contraignant sur le plan juridique, à la différence des accords, traités et autres conventions internationales. Ils constituent des engagements politiques des différents Etats à avancer un agenda de coopération sur différents sujets, ou des prises de position sur des questions d'actualité économique ou diplomatique. Encore faut-il que ces engagements soient matérialisés par des actes ou des textes contraignants. Il n'y a donc pas de conséquence directe de l'absence de signature du communiqué final ou d'un désaveu de ce dernier. Néanmoins, la volte-face de Donald Trump illustre son peu de considération pour cette enceinte de discussion et de coordination des positions entre grandes économies occidentales. Sa proposition d'inviter la Russie à réintégrer cette enceinte, alors qu'elle en a été exclue en 2014 suite à la crise ukrainienne, illustre cela.  Les Etats-Unis viennent par là même remettre au goût du jour, plutôt par les actes, les notions du protectionnisme économique. Pensez-vous qu’il y a un risque de contagion sur d’autres économies du globe ? La stratégie de l'Administration Trump, qui consiste à souffler le chaud et le froid, alternativement, pour renégocier les accords qu'elle estime défavorables aux intérêts des Etats-Unis, peut sembler déroutante à bon nombre d'acteurs et d'observateurs. En réalité, il faut voir au-delà de la personnalité et du style de Donald Trump, les raisons profondes qui le poussent à adopter ces postures. Il s'agit en partie de tactiques de négociation, mais il y a aussi une volonté de rééquilibrer la balance commerciale américaine avec des entités comme l'Union européenne et la Chine, avec lesquelles les Etats-Unis sont fortement déficitaires. Ces entités pourraient être tentées de répliquer à toute action unilatérale des Etats-Unis, et c’est ce qu’elles s’apprêtent d’ailleurs à faire. Je ne pense pas néanmoins qu'on s'engage, à ce stade, dans une guerre commerciale tous azimuts. Les Etats-Unis risquent de se retrouver isolés dans cette posture, alors qu'ils ont besoin de la coopération de leurs différents partenaires sur un nombre important de dossiers, que ce soit sur l’immigration avec le Mexique ou sur le dossier nord-coréen avec la Chine. En toute logique, Donald Trump devrait, au moins, s’abstenir de prendre des mesures vis-à-vis du Canada et du Mexique. Compte tenu des imbrications croissantes entre ces trois économies d’Amérique du Nord, ce n’est dans l’intérêt d'aucune des trois nations de poursuivre l’escalade. Mais il y a les considérations de politique intérieure qui, malheureusement, polluent la nature stratégique des enjeux et les considérations purement économiques. Trump est obsédé par les élections parlementaires dites de «mid-term», ainsi que par le bilan qu’il pourra présenter pour espérer être réélu en 2021.  Certains estiment que l’on s’achemine désormais vers un nouvel ordre commercial mondial. Voyez-vous dans cette optique un chamboulement des rapports entre le Nord et le Sud ?  On s’achemine en effet vers un nouvel ordre commercial mondial, mais cela ne date pas de l’élection de Donald Trump. Le facteur essentiel dans cette évolution est la formidable poussée de la Chine qui est devenue la première puissance commerciale au monde, alors que son rôle dans le commerce international était insignifiant il y a 20 ans. L’Union européenne a également accru son poids dans le commerce mondial, grâce à l’effet d’entraînement de la demande chinoise et américaine sur les exportations allemandes. En réalité, il y a surtout eu un rééquilibrage dans les flux entre ces trois grands ensembles : Asie de l’Est, Union européenne et Amérique du Nord, au bénéfice des deux premiers. Les autres régions de la planète sont restées en retrait de ce rééquilibrage, même si leurs exportations ont été également tirées par la croissance mondiale. C’est d’ailleurs surtout le cas de l’Asie du Sud et du Sud-Est, en ce qui concerne les produits manufacturés que la Chine ne veut ou ne peut plus produire. L’Afrique, par exemple, reste très largement cantonnée à l’exportation de matières premières, et son poids dans le commerce mondial est insignifiant.  Quid du protectionnisme algérien ? Trouve-t-il enfin une raison d’être, alors qu’il a été maintes fois décrié par les partenaires commerciaux du pays ?  Les mesures prises par les autorités algériennes correspondent à des objectifs tout à fait différents et circonstanciés. Il s’agit principalement de mesures de sauvegarde prises dans le sillage du contre-choc pétrolier de 2014, afin de rééquilibrer la balance commerciale, devenue du jour au lendemain fortement déficitaire. L’autre objectif est de stimuler la production nationale et de réindustrialiser une économie très fortement dépendante des importations. La question qui se pose est plutôt celle de l’adéquation et de l’optimalité des différentes mesures prises par les autorités eu égard aux objectifs recherchés. Les mesures de sauvegarde comme les quotas et les hausses temporaires de droits de douane sont autorisées par les accords commerciaux, mais elles sont fortement encadrées et doivent être limitées dans le temps. Cela pose, rétrospectivement, la question de la pertinence de l’accord d’association qui a été signé au début des années 2000 avec l’Union européenne, et qui prévoit un démantèlement tarifaire quasiment total. La renégociation de cet accord est difficile, car les pays européens s’étaient aussi engagés à laisser les produits algériens entrer sur le marché européen. Le vrai problème est là. L’Algérie n’a pas su booster les exportations hors hydrocarbures. Il faut faire un bilan et définir une stratégie globale pour solutionner ce problème. Les droits de douane ne constituent qu’un paramètre parmi beaucoup d’autres, comme le taux de change, les politiques de formation, d’efficience énergétique ou encore la modernisation du système bancaire et financier. 


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