Abderrezak Bouhara, Mohamed Boukhalfa. Membres du comité central du FLN

Cette crise va amener des responsables au sein des structures de l’Etat à se manifester



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Mohamed Boukhalfa et Abderrezak Bouhara, deux poids lourds du comité central du FLN, s’alarment des dérives que connaît le parti. Ils espèrent l’intervention prochaine de personnalités et d’anciens militants pour mettre fin à la situation actuelle.

-Comment le parti peut-il se sortir du conflit qui l’agite ?

Ce conflit ne pourra pas perdurer. Je suis convaincu que cette situation de crise à l’intérieur du parti va amener des cadres et des responsables au sein des structures de l’Etat à se manifester pour réclamer un retour aux valeurs du FLN historique. Ils vont s’impliquer et participer au débat pour décider du sort du parti.

-Avec plus de 200 députés à l’APN, Belkhadem ne sort-il pas renforcé après les législatives ?

Nous tenons tout d’abord à saluer les nouveaux députés. Par ailleurs, c’est le contexte national, régional et mondial dans lequel se sont déroulées ces élections qui a provoqué un réveil de conscience de la mouvance nationaliste et patriotique. C’est cette mouvance qui est sortie renforcée lors de cette élection. Un examen attentif des chiffres autorise à souligner la victoire toute relative du parti, car si le nombre de sièges gagnés paraît important, celui des voix par contre est en constante diminution, alors que son gisement électoral ne devrait pas être loin de celui du président de la République qui avait obtenu 14 millions de voix lors de l’élection de 2004. Ces constatations laissent deviner l’énorme travail qui attend le parti du FLN pour redevenir la première force politique au sein de la société.

-Comment expliquez-vous le fort taux d’abstention lors des élections ?

Il y a un terrible problème de représentativité. Il appartient à toute la classe politique, aux pouvoirs publics et à la société de réfléchir sur l’amélioration du système électoral, le mode de scrutin, les mécanismes d’émergence des candidats et le discours politique des partis 

-Y a-t-il un risque d’implosion au sein du FLN ?

Le parti ne peut pas imploser parce qu’il est déjà totalement désarticulé. La plupart des kasmas ne fonctionnent plus, tandis que le parti s’appuie sur un système de cooptation inimaginable. Ce qui est regrettable de constater, c’est l’énorme dilapidation du capital expérience politique et organique qui a toujours reposé sur ses élus. D’autre part, le parti a toujours, par le passé, favorisé le débat et la concertation de ses élus, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.   

-Le FLN n’est plus qu’un parti destiné à préserver les ambitions personnelles de ses responsables ?

On ne peut pas reprocher à un homme politique d’avoir de l’ambition. Par contre, ce qui peut être condamnable, c’est d’utiliser une démarche immorale pour parvenir à ses fins.

-Quelles solutions pour sauver le parti ?

Il n’y a qu’une démarche démocratique qui peut sauver le parti. Nous sommes à une étape où la mutation du FLN est absolument nécessaire. C’est un impératif pour sa survie. D’une part, parce que la génération de la guerre de Libération est en bout de course et les militants expérimentés ont atteint un âge avancé, d’autre part, parce que nous assistons à une redéfinition des concepts politiques, idéologiques et culturels à travers le monde. L’éclatement de l’URSS, les bouleversements en Asie et la chute du mur de Berlin demandent un redéploiement de notre politique. C’est pour cela que je dis que le FLN gagnerait à se libérer des querelles de personnes et de se préoccuper des grands problèmes de l’heure.

-Lors de la conférence tenue au lendemain des échauffourées qui ont eu lieu lors de la session du comité central, Abdelaziz Belkhadem a donné sa version des faits. Etes-vous d’accord avec ce qu’il a déclaré ?

Lors de cette session, d’anciens cadres du parti, Affane Guezzane Djillali, Ahmed Sbaâ, Mohamed Boukhalfa, Abdelkader Bounekraf, Mohamed Abada, Mustapha Cherchali et moi-même et auxquels s’est joint Abdelkader Hadjar, avons jugé utile de se concerter au sujet du parti et d’engager les premières discussions avec le secrétaire général en s’appuyant sur le respect des statuts et règlements du FLN. Cette initiative s’est faite dans l’unique but d’éviter l’emploi de la violence dans le conflit opposant de nombreux militants, en particulier des membres du comité central, au premier responsable du parti…     

-Pourquoi votre initiative a-t-elle échoué ?

Tout d’abord, il faut souligner que l’entière responsabilité de ce qui s’est passé à l’hôtel Riadh lors du CC incombe au secrétaire général du parti. C’est lui qui a attisé le feu de la discorde, en faisant publier un communiqué du bureau politique (BP), 48 heures avant le début de la session, dans lequel il revenait sur sa parole d’organiser un vote à bulletins secrets. Lors de la première journée de la session, la majorité des membres du comité central présents dans la salle avaient basculé pour le vote à bulletins secrets. Même ceux qui, au départ, étaient pour Belkhadem s’étaient ralliés à cette exigence. C’est à ce moment que Belkhadem, qui se trouvait dans un salon, entouré par certains membres du BP et d’autres personnes, nous a envoyé deux médiateurs, membres du bureau politique, Rachid Harraoubia et Layachi Daâdoua, pour demander une nouvelle fois notre médiation. Il niait, d’une part, la publication du communiqué du BP qui avait mis le feu aux poudres et, d’autre part, nous annonçait qu’il était disposé à soumettre la question relative au choix entre le vote à bulletins secrets et celui à main levée... à un vote à main levée !!! Nous étions à nouveau dans l’impasse. En réalité, Belkhadem voulait gagner du temps pour créer les conditions d’une intervention de ses hommes par la force et reprendre possession de l’enceinte où se tenaient les membres du CC. Il avait compris qu’un courant très fort lui était hostile. Cette capacité à changer d’avis, le patron du FLN en avait déjà fait étalage lors de sa réconciliation avec Salah Goudjil. Cette réconciliation devait aboutir à la constitution de listes communes, chose qui n’a pas été faite, par la faute des atermoiements de Belkhadem.

-Quelles appréciations portez-vous sur l’opposition qui s’est mise en place contre Belkhadem ?

Ceux qui s’opposent au patron du FLN sont issus du même personnel politique que ceux qui le soutiennent. D’autre part, l’opposition au secrétaire général du parti ne se résume pas uniquement aux personnalités visibles, car le rejet dont il est l’objet par les militants est profond et s’est manifesté bien avant l’émergence de cette opposition.  

-Y a-t-il dérive de la direction actuelle du parti vers le monde de l’argent ?

Oui, le parti vit une véritable dérive. Son identité est dénaturée. Les actions menées par l’appareil du parti ne sont plus en phase avec les principes et les valeurs que le FLN a toujours défendus. Il y a une sorte de reniement de tout ce qui a toujours constitué les principes fondateurs du parti. Aujourd’hui, que ce soit dans la défense du plus grand nombre ou dans son rôle au sein de l’Etat, l’appareil du parti est en retrait. D’ailleurs, on assiste à l’élimination de toute forme de contestation et j’en veux pour preuve l’éviction de tous ceux qui s’opposent au secrétaire général du parti qui applique à la lettre la maxime utilisée par Forster Dulles (ancien secrétaire d’Etat de 1953-1956 sous la présidence Eisenhower, ndlr) : «Celui qui n’est pas avec moi, est contre moi.»

-Comment expliquez-vous cette dérive ?

Elle s’explique par plusieurs facteurs inhérents au fonctionnement actuel du parti qui a favorisé le rejet de toute forme de collégialité, l’affaiblissement du système de contrôle et d’évaluation et favorisé la cooptation au détriment de l’émergence démocratique.

-Le FLN serait donc devenu une immense machine à fric…

Non, car il existe dans le parti de très nombreux cadres et militants intègres. Par contre, c’est vrai que de nombreux opportunistes se sont infiltrés dans les rangs du parti. Ils tentent d’exploiter l’autorité morale que leur confèrent le parti et son sigle à des fins pécuniaires douteuses. Par le passé, les brebis galeuses au sein du parti étaient rapidement écartées. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.


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