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Tribune. Une autre lecture de l’ouvrage « Les derniers jours de Muhammed »



« Les derniers jours de Muhammed *», est le titre d’un ouvrage très controversé paru en 2016 sous  la plume de Hella Ouardi, universitaire tunisienne et chercheuse au CNRS. Il s’agit au fait, du fruit d’une authentique enquête basée sur diverses sources dont le Coran, les Hadiths, et des références sunnites et Chiites parfois divergentes, ayant trait aux derniers jours de notre Prophète Mohamed (QSSL), de ses « désaccords  » et «divergences »  avec ses compagnons et califes, à l’image d’Omar Ibn El Khettab et d’Abou Bakr,  portant notamment sur la question de sa succession

La polémique née de cet ouvrage trouve sa source dans le sujet traité par l’auteure qui touche à une fibre très sensible dans l’imaginaire des musulmans,  ayant trait notamment  à la dimension humaine de notre Prophète « L’image humanisée de Muhammad proposée dans mon livre ne le sacralise pas mais ne l’amoindrit pas non plus; au contraire, elle essaye de créer avec lui une relation d’empathie et de proximité, en parfaite conformité avec le Coran», écrit Héla Ouardi  « Ce livre tente précisément de tracer le portrait d’un homme de chair et d’os, de dessiner les contours d’une figure humanisée du prophète (et par là même de son entourage)…..Or quoi de mieux pour approcher son humanité que de se pencher sur les derniers instants de l’homme qui prisonnier de son corps malade, prend la mesure de sa vulnérabilité ? P.17

L’auteure, a mis ainsi  l’accent sur les derniers jours de la vie de Mohamed (QSSL), une période trouble, marquée, selon ce livre  par l’intrigue politique et de coups bas dignes des régimes arabo-musulmans de notre époque. Les événements se rapportant à sa maladie et à la question de sa succession ont pris une place très importante dans cette enquête, le lecteur se trouve ainsi plongé dans un décor reflétant une image en totale contradiction  avec la vision utopique que nous faisons de cette époque, et peu valorisante des premiers compagnons et proches du prophète, qui est de très loin à l’opposé de la place qu’occupent ces derniers dans l’imaginaire de tout musulman. «  Les derniers épisodes de la Vie de Mohamed comportent également les signes avant-coureurs d’un conflit interne qui marquera l’histoire de l’Islam des siècles durant » P.38

Source de désaccord, la question relative à la légitimation du pouvoir et sa succession, a donné lieu à des événements flairant des « combines » et des « manœuvres » engendrant « un coup d’état » qui ne disait pas son nom. Le tout fomenté et exécuté  par les plus proches compagnons, à l’instar des Califes Abou Bakr et  Omar Ibn El Khettab, qui étaient, toujours selon cette enquête,  farouchement opposé à ce que le  pouvoir  passe aux mains des gens de la maison « Ahl El Beit » en la personne d’Ali Ibn Abi Taleb ,  cousin et gendre du prophète et son favori pour lui succéder. « …De toute évidence, Abu Bakr et Omar sauront profiter de la stupeur générale pour faire main basse sur le pouvoir » P.215. « Pendant qu’il s’occupera des obsèques de son illustre cousin et beau-père, on entendra retenir le takbir « Allahu akbar » annonçant l’élection du premier calife. Et tandis qu’Abu Bakr et Umar viennent de ravir le pouvoir aux Hachémites, Abbas, tombant des nues, s’écriera en s’adressant à Ali : «  Ne t’ai-je pas dit » … » P 93

Pour ce faire, ces derniers ont trouvé en les personnes de leurs filles (Hafsa et Aicha) des alliées de taille, de par leur statut d’épouses « Dans la chambre du prophète moribond flotte un air d’intrigue. Mohamed dans l’isolement auquel la maladie le condamne, et au centre d’une manipulation politico-familiale dont sa favorite Aicha tire les ficelles….. Il n’est pas question de laisser la succession de son mari échapper à son père » P.94

Parce que totalement investi dans la course au califat qui a failli basculer en faveur des « Anssars » aussitôt  Ali Ibn Abi Taleb évincé, le corps du prophète a été selon des sources chiites et sunnites citées par l’auteure,  abandonné par ces compagnons  durant deux jours après son décès. «Aucun livre de la tradition musulmane, écrit-elle à la p.14, ne donne la moindre information sur ce « trou noir » de deux jours au cours desquels, le cadavre de l’Envoyé de Dieu est abandonné. La tradition, d’habitude si bavarde, si bien informée des moindres détails de la vie du Prophète et de ses compagnons, devient sur ce sujet brusquement amnésique et muette». « Entre temps, le corps du Prophète commence à se décomposer » P.198. « Un laps de temps important sépare la mort de Mohamed de son enterrement, ce qui contraire à la coutume islamique selon laquelle le soleil ne doit jamais éclairer le cadavre d’un homme mort la veille … » P 206.  « Au mois de juin, dans la chaleur écrasante de l’Arabie, le cadavre du Prophète n’a été finalement enterré que l’lorsqu’il a commencé à se corrompre » P 207.

Le rôle prétendument joué par ces deux illustres compagnons, dans la préparation  et la prise du pouvoir après la mort du Prophète pousse l’auteure à s’interroger s’ils ne se sont pas en fin de compte « les fondateurs véritables d’une nouvelle religion qu’ils doivent reconstruire sur les ruines d’une croyance primitive qui s’est effondrée brusquement à l’instant même ou Mohamed (QSSL) est mort »

Dans les derniers chapitres de cet ouvrage, l’auteure revient sur le rôle qui incombe aux intellectuels musulmans, qui est celui de porter un autre regard sur une période aussi importante de l’histoire de l’Islam. « …Ce genre d’approche a contribué à plonger davantage de nombreux intellectuels musulmans dans une sorte d’autisme qui les pousse à rejeter en bloc toute vision critique de leur histoire. La plus part des historiens arabes contemporains qui ont écrit des biographies de Mohamed n’ont pas pris suffisamment de distance avec la dimension apologétique dominante » P 249

Inutile de préciser que l’ouvrage a créé la polémique au point d’être interdit dans certains pays musulmans, à l’exemple du Sénégal : Pourtant l’auteure était très explicite dès le départ : «Il n’y a pas de révélations dans mon livre puisque tout ce que je dis je l’ai trouvé dans les ouvrages de la Tradition. Tout est dit dans les livres de tradition – sous ce terme de ‘‘tradition musulmane’’ sont réunis les Hadiths (paroles attribuées au prophète) et la Sira (biographie de Muhammad). Je n’invente rien», précise-t-elle.

                                                          Par  Noureddine BOUKFOUSSA (Banquier)

* ‘‘Les derniers jours de Muhammad’’, Héla Ouardi, éd. Albin Michel, Paris, mars 2016.


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