Virée nocturne à travers Aïn Zaouïa…



Il était 19h30min en ce quinzième jour du mois de Ramadhan, les ruelles de la ville se vidaient peu à peu. Les véhicules de gros tonnage commençaient à s’arrêter le long de la route principale qui traverse ce chef-lieu communal (RN vers Boghni et Draâ El-Mizan).

De loin, on voit une longue queue devant un restaurant. C’est bientôt la rupture du jeûne. Des dizaines de personnes sortent du restaurant avec des couffins pleins de nourriture. «Nous avons un hors-d’œuvre varié, une chorba frik, de la purée, de bons morceaux de viande, un yaourt, une bouteille d’eau minérale et une de limonade. C’est le menu d’aujourd’hui. Chaque soir, le chef le change. On prépare jusqu’à soixante-dix repas par jour, qu’on sert sur place, et une centaine à emporter», nous explique un jeune bénévole, qui tenait une feuille où il notait tout. «C’est un restaurant qu’on a ouvert pour servir les nécessiteux, les démunis, les pauvres, les SDF, les travailleurs dans les chantiers de construction, les routiers de passage», souligne un autre intervenant, occupé à mettre les couverts. Une grande ambiance régnait. Le muezzin appelle à la prière d’El Maghreb, synonyme de la rupture du jeûne. Tout à coup, la salle est pleine. Tout le monde savoure surtout la chorba servie en premier. «Depuis le début du mois de Ramadhan, c’est ici que je romps le jeûne. On ne peut pas préparer à manger quand on travaille dans un chantier. D’ailleurs, nous remercions ces jeunes avec lesquels nous nous sommes familiarisés depuis l’ouverture du restaurant», déclare un jeûneur. «Notez que c’est grâce aux bienfaiteurs que nous avons pu ouvrir ce restaurant. Ni l’APC ni la DAS n’ont mis un sou», insiste l’un des bénévoles. Une heure après, l’autre besogne commence. Les jeunes volontaires doivent laver la vaisselle, alors que le «gérant» prépare déjà le menu du lendemain. «Tout dépend de ce que nous avons dans le stock. Il ne faut pas oublier non plus que les bienfaiteurs viennent nous voir chaque soir pour dresser la liste des produits dont nous aurons besoin. Cela fait quatorze jours que nous avons ouvert ce restaurant et nous sommes très satisfaits», assure un autre bénévole.

Les interminables
parties de dominos…

Une heure après la rupture du jeûne, la ville s’anime de nouveau. Les terrasses des cafés se remplissent l’une après l’autre. Cependant, c’est peut-être la terrasse du café où fut assassiné une certaine soirée de Ramadhan, précisément le 12 octobre 2006, le regretté Rabah Aissat, ex-P/APW de Tizi-Ouzou, par un groupe terroriste, qui est la plus animée. «Nous étions sur le trottoir. Tout à coup, nous entendîmes des coups de feu. Ils ont tué Dda Rabah. Son camarade de table perdit connaissance et ne comprenait pas ce qui venait de se passer. C’est regrettable de perdre un homme intègre et propre comme lui», se rappelle un témoin oculaire. Effectivement, durant la décennie noire, les habitants d’Aïn Zaouia rentraient tôt chez eux à cause des incursions terroristes, d’autant plus que les maquis de Boumahni, non loin du chef-lieu communal, étaient infestés d’hommes armés. Il faut savoir aussi qu’il y a eu d’autres assassinats et enlèvements. Maintenant, c’est bien animé. D’ailleurs, aussi bien les jeunes que les vieilles personnes s’adonnent à des parties de dominos interminables, alors que d’autres préfèrent jouer au baby-foot. «Je ne vous cache pas que je ne rate aucune partie. Il y a ceux qui jouent et ceux qui les encouragent. Ce sont des parties de très haut niveau. Certains joueurs peuvent deviner même les pièces que leur adversaire a entre les mains. C’est une passion pour de nombreuses personnes», avoue un jeune homme, fervent supporteur du duo Dda Ali – Dda Amar. La veillée se prolonge parfois jusqu’à minuit. Les plus téméraires jurent de rester jusqu’à l’aube pour une partie non encore gagnée par une équipe ou par une autre.
Le théâtre s’invite
sur la placette
du centre-ville

La maison des jeunes Larbi-Ahcène dit «Cheikh H’Ssissen» a déplacé son groupe en ville. Son directeur, Amar Sellami, promet au moins douze soirées. «Bien que nous ayons raté la première semaine, pour le reste du mois de Ramadhan nous avons programmé trois soirées par semaine sans compter, bien sûr, le sorties de proximité à Aït-Yahia-Moussa et Boumahni», explique M. Sellami. Et de poursuivre : «Nous allons aussi organiser des soirées pour enfants, auxquels nous allons présenter une nouvelle pièce produite par notre groupe Thala, en l’occurrence «Dhif El Ghaba» (L’invité de la forêt) jouée à Boumahni mais aussi «Nek nagh Netseth» (Moi ou elle), également une nouvelle production. Pour jeudi, une soirée chaâbie est prévue, animée par le groupe musical de notre maison des Jeunes. Jeudi dernier, le même groupe avait animé une soirée de variétés. Au menu : du chaâbi, du kabyle… Chaque jeune artiste a chanté trois chansons. Ce fut un régal pour le public, qui ne peut payer le prix d’un concert», ajoute notre interlocuteur. Par ailleurs, il est programmé une soirée pour les enfants. «Des magiciens vont se produire en ville, au grand bonheur des enfants», conclut Amar Sellami.

On y vient de tous les villages environnants, même de Boghni

S’étant produit durant plusieurs années au TNA, en tant que comédien, le directeur de la maison des Jeunes de cette municipalité, Amar Sellami, a su comment faire aimer au public cet art. En effet, pour ce mois de Ramadhan, il a mis en scène une pièce théâtrale intitulée «Nek nagh netseth» (Moi ou elle). Celle-ci est jouée par le groupe «Thala» de cet établissement. «Elle traite l’actualité. Je ne peux ajouter plus. En tout cas, ce n’est qu’à la fin que le public l’a su.

En somme, c’est l’histoire de l’Algérie depuis 1830 jusqu’à 2019», résume-t-il. Deux dramaturges, ayant une grande expérience dans la présentation théâtrale, ont joué comme il se doit leur rôle, d’autant plus que le scénario leur a plu. Il s’agit de Hacène Allel et Samia Bouassila. Ils ont interprété les rôles de deux jeunes tourtereaux, qui se sont aimés durant 57 ans parce qu’ils sont nés tous les deux en 1962. Ils sont, 57 ans après, toujours célibataires endurcis.

C’est une histoire d’amour passionnante, qui n’a pas abouti au mariage. D’ailleurs, le public, nombreux, est venu des quatre coins de la région, dont Draâ El-Mizan, Boghni pour voir la pièce. A noter que cette manifestation s’est déroulée sur la placette du centre-ville et fut caractérisée par une organisation parfaite. Cela s’est passé en plein air, en dépit du temps qui était un peu frais. «C’est ce qui manque dans notre pays. Il faut que les acteurs aillent vers le public.

D’ailleurs, nous remercions le directeur de la maison des Jeunes qui va, à chaque fois, vers le public. C’est une autre façon de lui faire aimer le théâtre. Peu à peu, cela va devenir quelque chose de tout à fait normal», affirme un fan du couple Hacène – Samia. Et de poursuivre : «Ils étaient dans la peau de leurs personnages. En tout cas, une chose est sûre, ils sont habitués à ce genre de spectacles.» A Aïn-Zaouia, où se tient chaque année le Festival du théâtre pour enfants, qui est à sa dixième édition, cet art n’est pas un vain mot et s’ancre d’année en année même dans les villages de Boumahni et les environs.

M. Sellami, pour sa part, promet d’autres surprises dans les prochaines semaines. A noter que les fidèles ont trois mosquées pour effectuer la prière des tarawih. «Depuis l’extension de notre mosquée, nous sommes à l’aise», dira un fidèle de Tizi-N’Dlest.

Amar Ouramdane


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