Après une cabale de quelques jours, il se retrouve derrière les barreaux

Les dessous de l’affaire Tliba



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Après une courte cabale décidée juste après la levée, le 26 septembre dernier, de son immunité parlementaire par les députés, à la demande du ministre de la Justice, l’ex-député FLN de Annaba se retrouve entre les mains de la justice.

Pour l’instant, rien n’a filtré sur les circonstances de cette présumée arrestation à El Oued, alors que des informations persistantes l’avaient présenté comme étant à l’étranger. Mais, il est certain que Baha Eddine Tliba s’est retrouvé piégé à partir du moment où il a pris la décision de fuir la justice et de lancer de graves accusations de corruption, depuis son refuge, contre les enfants du chef de l’état-major de l’Anp et vice-ministre de la Défense, Ahmed Gaïd Salah, avec lesquels il a fait des affaires durant des années.

Pourtant, en juin dernier, lorsque les services de la gendarmerie avaient décidé de rouvrir le dossier des deux enfants de Djamel Ould Abbès, l’ex-secrétaire général du FLN, il était probablement loin de se sentir menacé.

Deux ans auparavant, il a été à l’origine de l’arrestation de Omar Skender Ould Abbès (dit Mehdi) et d’El Wafi Fouad Bachir Ould Abbès pour d’importantes sommes versées par des candidats FLN à la députation pour être tête de liste des wilayas les plus importantes du pays.

C’était vers la fin du mois de février 2017 et cette intervention des éléments des services de la Sécurité intérieure (alors sous le contrôle du général-major à la retraite et conseiller à la sécurité auprès de la Présidence, Bachir Tartag) aux domiciles de Mehdi Ould Abbès et de Khelladi Abdellah Bouchenak, coordinateur national chargé des listes électorales du FLN (et ancien secrétaire général du ministère de la Solidarité que dirigeait Djamel Ould Abbès), à la résidence d’Etat Sahel, au Club des Pins, avait fait couler beaucoup d’encre et de salive.

Lors de son audition, El Wafi Ould Abbès a enfoncé Baha Eddine Tliba, sachant que c’est ce dernier qui leur a tendu un piège pour les faire tomber dans les mailles du filet en situation de flagrant délit. Il a affirmé avoir été sollicité par Tliba pour mettre sept personnes qui lui sont proches sur la liste électorale de Annaba.

Ce qu’il a fait en remettant les noms à Bouchenak, lors de l’installation de ce dernier à Moretti. El Wafi a révélé aussi que Tliba insistait beaucoup auprès de lui et de son frère Mehdi, auquel il avait promis d’envoyer un cadeau. Le 23 février, alors qu’il se trouvait, a-t-il déclaré, avec son frère devant la maison de ce dernier à Club des Pins, un émissaire de Tliba a remis ce cadeau sans qu’il sache de quoi il s’agissait. Il s’agissait en fait d’une grosse somme d’argent.

Ils vendaient les places sur les listes des législatives de 2017

Interrogé, Khelladi Bouchenak a, lui aussi, reconnu que les deux enfants du secrétaire général du FLN le sollicitaient souvent pour introduire des listes de candidats ou mettre en bonne position d’autres. Service qu’il leur rendait parce que, selon lui, les enfants ne pouvaient agir sans mettre au courant leur père. Bouchenak se sentait probablement redevable envers Mehdi, qui lui avait permis d’occuper une maison à Club des Pins pour s’occuper de la gestion des listes électorales.

D’ailleurs, il précise que le jour même où Mehdi lui a remis les clefs de l’appartement, il en a profité pour lui remettre le dossier d’une candidate à ajouter sur la liste de la communauté algérienne en France et six ou sept autres dossiers de candidats de la mouhafadha de Annaba, à classer parmi les premiers dans cette wilaya. Bouchenak a déclaré avoir demandé à Mehdi Ould Abbès si le père, Djamel Ould Abbès, était au courant, et la réponse était affirmatif.

Après enquête préliminaire, les trois mis en cause sont déférés devant le tribunal de Chéraga, mais aucune suite n’a été donnée au dossier, gardé sous le coude des magistrats. Mais avec la contestation populaire du 22 février dernier, les choses ont évolué autrement et El Wafi Ould Abbès l’a compris, puisque le 19 mars, il a quitté le pays à destination de Dubaï, aux Emirats arabes unis. Depuis, il n’est plus revenu.

En juin dernier, le tribunal de Chéraga, le même qui a couvert l’affaire, réactive le dossier. Le procureur demande l’ouverture d’une information judiciaire sur la base d’une enquête menée par la brigade de recherche de la gendarmerie de Chéraga contre quatre personnes, à savoir les deux enfants de Djamel Ould Abbès, Khelladi Bouchenak et Mohamed Habchi, un agent immobilier proche des deux premiers mis en cause, pour «blanchiment d’argent, dans le cadre d’une organisation criminelle», «demande et perception d’indus avantages», «violation de réglementation des changes et des mouvements de capitaux de et vers l’étranger», «abus de fonction dans le but d’obtenir ou de rendre des services».

L’affaire est confiée au juge d’instruction de la 1re chambre. A l’issue de ses premières auditions, le magistrat a ordonné la mise sous mandat de dépôt de Khelladi Bouchenak, de Mehdi Ould Abbès et de l’agent immobilier Mohamed Habchi. Devant le juge, Khelladi Bouchenak a déclaré n’avoir «jamais interrogé» Djamel Ould Abbès sur les noms que ses enfants lui remettaient, parce que «convaincu qu’il était au courant», vu qu’il l’interrogeait souvent sur la place des concernés sur les listes.

Il a affirmé aussi que le nom de Tliba était parmi ceux qu’El Wafi et Mehdi lui ont donné avec la précision «cette liste vient d’en haut». Bouchenak a également révélé que majorité des noms ne respectait pas la procédure de dépôt de candidature. Ils étaient scribouillés sur des bouts de papier ou dictés par téléphone, mais il ne lui est jamais venu à l’esprit, a-t-il dit, que les deux frères Ould Abbès percevaient une contrepartie.

Mais Skender Ould Abbès (arrêté à Aïn Témouchent), chez lequel d’importantes sommes d’argent avaient été trouvées deux ans auparavant en présence de son frère El Wafi, a nié tous les faits. Selon lui, ces fonds n’ont rien à avoir avec la campagne des législatives de 2017, et il a expliqué qu’il s’agit de l’argent que lui aurait envoyé Baha Eddine Tliba pour lui acheter une Range Rover type Vogue, qui coûtait à l’époque 25 millions de dinars.

Le même jour, il a reçu un montant de 15 millions de dinars, dans un sac en plastique que lui ont remis, chez lui, deux hommes, envoyés par Tliba. Lorsqu’il s’est rendu compte d’un manque de 10 millions de dinars, a-t-il souligné, il a contacté l’ex-député pour le lui faire savoir, et ce dernier lui a envoyé, quelques heures après, une autre personne avec le reste de la somme.

Il a appelé Tliba pour l’informer de la réception de l’argent, et son interlocuteur lui a dit qu’il attendait des gâteaux pour la famille. Quelques temps plus tard, un homme s’est présenté chez lui, pour lui remettre un paquet. En l’ouvrant, a-t-il souligné, il a trouvé une somme en euro. Il n’a pas eu le temps d’appeler l’expéditeur, parce que les éléments des services étaient déjà sur place. Pour Mehdi, cette affaire est un piège que Tliba leur a tendu à lui et à son frère, en fuite à l’étranger.

Les rencontres fructueuses de la villa 149 au Club des Pins

Jusque-là, Baha Eddine Tliba se sentait à l’abris, étant donné son statut de député et celui de dénonciateur. Son nom cité, il est convoqué par le juge d’instruction comme témoin le 8 septembre dernier. Il commence par clarifier sa relation avec les deux enfants de Djamel Ould Abbès. Le premier qu’il ait connu est El Wafi. C’était deux ou trois mois avant la période de dépôt des candidatures pour les législatives de 2017, lors d’une réunion du comité central du FLN à l’hôtel El Aurassi, à Alger, sous la direction de son père. Il était là comme organisateur. En ce qui concerne Mehdi, Tliba a indiqué l’avoir connu par le biais d’El Wafi, après son installation à Club des Pins.

Et c’est précisément dans cette résidence d’Etat que la première rencontre entre ce trio, Mehdi Ould Abbès-El Wafi Ould Abbès-Baha Eddine Tliba, a eu lieu. L’ex-vice-président de l’APN a révélé qu’au début de la période de dépôt des candidatures FLN pour la députation de 2017, il a reçu chez lui, dans sa villa à Club des Pins, Mehdi et El Wafi, à la demande de ce dernier. Les deux frères voulaient, selon Tliba, profiter de la période du dépôt des candidatures pour collecter le maximum d’argent, parce qu’ils savaient que leur père n’allait pas rester longtemps à la tête du parti.

Ils espéraient atteindre la somme de 300 milliards dans un premier temps et avaient déjà préparé une échelle de prix à payer pour chaque classement et chaque wilaya. Ils ont mis à la disposition de Bouchenak un chalet à Club des Pins juste à côté de celui de Mehdi, et l’ont chargé de la classification des candidats qu’ils monnayaient selon l’importance des wilayas et le positionnement sur la liste.

Tliba a révélé au juge que les deux frères Ould Abbès lui avaient exigé la somme de 70 millions de dinars pour être tête de liste de Annaba, il n’a pas refusé. Il a continué à discuter et su qu’ils avaient pris contact avec plusieurs autres candidats et personnalités qui voulaient se présenter. Parmi ceux qui ont payé, il a cité des candidats de Béchar, Relizane, Oran, Tébessa, Béjaïa, Aïn Defla.

L’ex-député a nié avoir remis une liste de candidats de Annaba à El Wafi et Mehdi, et précisé qu’il était le premier à les dénoncer à l’ex-coordinateur des services secrets, le général-major à la retraite Bachir Tartag (actuellement en détention), qui l’a reçu dans son bureau.

Des petits enregistreurs lui ont été remis pour enregistrer toutes les discussions avec les deux frères et, à chaque fois, il allait voir l’officier chargé de la coordination pour décharger le contenu de l’enregistrement durant 20 jours. Tliba a juré ne pas avoir versé d’argent, mais le travail qu’il a fait avec les services de sécurité a permis, selon lui, à arrêter les deux frères Ould Abbès avec l’argent collecté.

L’arrestation des deux enfants et la revanche du père…

Il a expliqué au juge qu’il ne voulait pas payer et qu’à partir du moment où il avait commencé à coopérer avec les services de sécurité, il disait à Mehdi et El Wafi de le laisser en dernier puisqu’il les voyait quotidiennement chez lui. Mais, après leur arrestation, a souligné l’ex-député, leur père s’est vengé de lui. Il l’a privé de tout poste de responsabilité à l’APN, écarté toutes ses connaissances des listes de candidature aux élections locales d’octobre 2017, à Annaba, avant de le faire passer en commission disciplinaire. Tliba a nié avoir envoyé 25 millions de dinars à Mehdi pour l’achat d’une Range Rover, en affirmant qu’il détenait à l’époque un 4×4 Toyota V8 qui dépassait la valeur de 20 millions de dinars.

Sur l’enquête des services de la Sécurité intérieure, il a avoué n’avoir signé aucun procès-verbal parce que dans son esprit, a-t-il dit, le plus important était de dénoncer ces pratiques. Dans sa déposition, Tliba a révélé le nom d’un dirigeant du parti très proche du secrétaire général du FLN, Djamel Ould Abbès, qui assurait la remise de tous les dossiers de candidature et les coordonnés des candidats à Mehdi et El Wafi et qui aurait été écarté des législatives après l’arrestation de ces derniers. Mais il aurait été gratifié d’un poste de vice-président d’une assemblée d’une importante wilaya du centre du pays.

Le lendemain de cette audition devant le juge d’instruction près le tribunal de Cheraga, une demande de levée de l’immunité parlementaire de Tliba est déposée par le garde des Sceaux, Belkacem Zeghmati. L’ex-député de Annaba est sous le choc. Au niveau de la justice, c’est le branle-bas de combat, et le 17 septembre, le juge de la 6e chambre près le tribunal de Chéraga est dessaisi du dossier.

Désormais, c’est le tribunal de Sidi M’hamed qui se charge de poursuivre l’enquête judiciaire. L’inquiétude a fini par gagner Tliba, qui refuse de se désister volontairement de son immunité.

Il a tenté de se défendre auprès de ses collègues députés en leur écrivant une lettre dans laquelle il explique «le complot» dont il aurait fait l’objet. Mais, c’était peine perdue. Le jour du vote, la majorité a levé la main pour le priver de la protection parlementaire. Rentré à Annaba, Tliba a compris qu’il était sur le chemin du tribunal de Sidi M’hamed, et cette fois-ci certainement pas en tant que témoin.

Lorsque la première convocation de cette juridiction lui a été envoyée pour se présenter le 3 octobre, il avait déjà disparu de la scène. Pour tous, il aurait quitté le pays. Subitement, un activiste algérien, Saïd Bensdira, réfugié à Londres, a annoncé sur les réseaux sociaux que l’ex-député de Annaba l’a mandaté pour parler en son nom, et qu’il menace de divulguer de graves affaires de corruption impliquant les enfants du chef de l’état-major de l’Anp.

Mercredi en fin de journée, toutes les chaînes de télévision privées et les sites électroniques ont annoncé l’arrestation de Tliba à El Oued, sa ville natale, dans des circonstances troublantes.

Jeudi matin, il est déféré devant le tribunal de Sidi M’hamed, puis placé sous mandat de dépôt pour les mêmes faits pour lesquels El Wafi et Mehdi Ould Abbès ainsi que Bouchenak sont poursuivis, à savoir : «blanchiment d’argent, dans le cadre d’une organisation criminelle», «demande et perception d’indus avantages», «violation de réglementation des changes et des mouvements de capitaux de et vers l’étranger», «abus de fonction dans le but d’obtenir ou de rendre des services à autrui». Baha Eddine Tliba est vraisemblablement l’affaire dans l’affaire…


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