Tewfik Hasni. Spécialiste en énergies renouvelables

«La sécurité énergétique passe par un programme précis à mener par des acteurs et non par des fonctionnaires»



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Pour Tewfik Hasni, spécialiste en développement des énergies renouvelables, les lois et la mise en place d’instances spécialisées dédiées aux ENR ne suffisent pas.

Ce n’est pas la création d’un commissariat aux ENR qui effacera les véritables causes de l’échec de ce programme, estime l’expert, soulignant que les véritables acteurs à impliquer dans le programme seront ceux qui prendront les risques à l’investissement. C’est-à-dire qu’ils se lanceront dans ce créneau avec leurs propres ressources et non avec celles de l’Etat.

 

Dans les discours politiques, on parle de plus en plus de la nécessité de passer le cap de la transition énergétique, alors que le dossier est abordé depuis des années sans que cette transition soit assurée. Qu’en pensez-vous ?

Les discours restent le fort des hommes politiques. Cependant, connaissant l’horizon de vision de ces hommes politiques, à savoir deux ans, sinon une année, on peut en déduire que leur intérêt va ailleurs. Nous avons vu l’énergie mise pour défendre la loi sur les hydrocarbures en dépit de l’avis contraire de tous les experts.

A quel changement doit-on s’attendra avec la création du commissariat aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique ?

Est-ce qu’un problème lié au développement économique peut être réglé par une loi ? Nous ne pensons pas. Le propre des hommes politiques c’est de donner un os à ronger afin de se donner bonne conscience face à leur incompétence à régler ce problème. Faites le bilan de tous les commissariats créés, comme le commissariat à l’énergie nucléaire, vous verrez le résultat. Nous avons aussi d’autres agences sur le même sujet comme l’Aprue, que doit-on en faire. Les lois sur les énergies renouvelables sont nombreuses, il faut aussi faire le point sur leur mise en œuvre. On a vu même des lois comme celle de l’électricité et la distribution du gaz être remise en cause par des arrêtés.

Au rythme actuel, réussira-t-on à relever le défi de la production de 22 000 mégawatts à partir de sources renouvelables (ENR) à l’horizon 2030 ?

Il faut être précis, il faut rappeler que les engagements pris lors de la COP21 étaient de réduire au minimum de 7% notre consommation énergétique, sachant que c’est la principale de nos émissions de gaz à effet de serre. Les 22 000 MW ne veulent rien dire. C’est une mesure de capacité. Il aurait fallu traduire cela par MW par heure de production, soit des MWh. On s’aperçoit au vu des prévisions de la CREG, la commission de régulation de l’électricité et du gaz. En 2028, l’électricité produite par les ENR sera de 15%. Par ailleurs, le programme de 22 000 MW ne pourra pas être concrétisé, après l’annonce du ministère de l’Energie de fixer selon les discours un objectif de 6 000 à 7 000 MW. Ce n’est certainement pas la création d’un commissariat aux ENR qui effacera les véritables causes de l’échec de ce programme.Personne ne parle de la saturation du réseau de transport électrique et de la nécessité de développer le réseau de distribution électrique en intégrant des compteurs intelligents en mesure de comptabiliser les différents tarifs électriques pour les différentes tranches horaires et en mesure de comptabiliser l’électricité cédée au réseau par les producteurs individuels.

Quelles conditions mettre en place pour assurer la sécurité énergétique du pays ?

La sécurité énergétique du pays ne peut être assurée par des conditions. Il s’agira d’un programme précis de mise en œuvre avec des objectifs clairs et chiffrés accompagnés des moyens nécessaires pour les réaliser, ceci par les véritables acteurs qui ne peuvent pas des fonctionnaires. Les véritables acteurs seront ceux qui prendront les risques à l’investissement. Cela veut dire que c’est avec leurs propres ressources et non avec les ressources de l’Etat.

Nous avons vu ce que cela a donné lorsque les ressources de l’Etat ont été mises à disposition. Ceux ne sont pas des opérateurs économiques mais aussi des porteurs de projets bien maturés avec une maîtrise technologique et financière les rendant bancables pour des Project Finance. La solution ne se trouve pas dans une loi, mais par la constitution d’un acteur déterminant avant cela. C’est ce qu’on appelle la Société de développement : une société disposant de l’engineering technologique et financier. C’était NEAL par exemple. Le projet de Hassi R’mel fonctionne parfaitement depuis 2011 en n’ayant rien coûté à L’Etat algérien, sinon l’apport au capital de 34% en dinars. Il fournit une électricité coûtant près de 4 DA/KWh.

Les Marocains ont repris la même approche et ont créé MASEN qui est en train d’achever un programme de 2000 MW en solaire avec succès…

Ce programme sera établi après la définition du modèle de consommation énergétique qui intègre entre autres comme paramètre d’évaluation : la sécurité énergétique, l’indépendance énergétique, le respect de nos engagements pour la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre, etc. Il est évident que pour réaliser le programme ambitieux, qui reste à notre portée, il faut laisser les véritables acteurs s’en occuper.

Il y a lieu de lancer une véritable réforme de l’environnement des affaires. La révision de la règle des 51/49 est loin d’être suffisante. Les solutions existent. Des technopoles en zone franche dans le sud du pays peuvent être une solution. Ces mesures et l’engagement définitif de s’engager dans un véritable développement durable vont être les facteurs de succès d’une stratégie visant à attirer des investisseurs étrangers et la diaspora algérienne.


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