Une dangereuse banalisation



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Les événements qui secouent l’Algérie depuis l’insurrection citoyenne du 22 Février ont poussé certaines chapelles idéologiques à distiller un discours qui tranche avec l’esprit de communion qui caractérise le peuple du vendredi, qui marche dans l’unité et la diversité assumée.

Injures à caractère raciste, incitation à la haine et stigmatisation des régions et des catégories citoyennes. Des excommunications sont prononcées en toute impunité et des procès de l’antinational se tiennent au grand jour sur fond de rhétoriques qui désignent du doigt une partie de la communauté nationale érigée en «ennemi» de la nation. Des attentats sont commis contre la mémoire des valeureux martyrs de la Révolution et des accusations fomentées basées sur une distinction d’origine, de région ou de religion.

Sans retenue, des Algériens se lâchent sur les places publiques usant d’un vocabulaire digne des cohortes fascistes. La haine se libère et se banalise, installant le pays dans une tension extrême. La frontière éthique est dangereusement franchie menaçant la cohésion sociale.

Les événements qui secouent l’Algérie depuis l’insurrection citoyenne du 22 Février ont poussé certaines chapelles idéologiques à distiller un discours qui tranche avec l’esprit de communion qui caractérise le peuple du vendredi, qui marche dans l’unité et la diversité assumée.

Une armée de trolls est suffisamment entraînée et dotée d’énormes moyens pour instiller le poison de la haine dans la société en réactivant les démons du régionalisme, exacerbant les différences culturelles et identitaires pour mieux atomiser la société.

C’est devenu le fonds de commerce de certains segments minoritaires en mal de positionnement social et dont l’objectif est de détourner les citoyens de leurs véritables préoccupations d’avenir. S’il est vrai que les réseaux sociaux peuvent en partie expliquer cette banalisation de l’ignominie, ils sont en réalité le révélateur d’une violence sociale.

Des plateformes qui ont pour effet la massification d’un discours chargé d’intolérance et de rejet de l’autre. Cependant, les supports classiques que sont la presse papier et les chaînes de télévision  sont également des plaques tournantes d’une «guerre civile».

Mais comment cela est-il devenu possible dans une Algérie que l’on croyait guérie de ces maux qui l’ont propulsée dans un passé récent en enfer ? L’universitaire Ahmed Cheniki, qui scrute le discours médiatique, estime «qu’il n’est pas possible de comprendre ce phénomène si on n’interroge pas l’histoire et les différentes frustrations vécues par les Algériens avant et après l’indépendance.

L’absence de liberté, les violences subies et la négation du moi collectif et individuel engendrent des conduites schizophréniques et extrêmement violentes». Il ajoute que ces attitudes violentes «étaient, certes, dissimulées, cachées, mais tout à fait latentes, attendant un effet déclencheur pour se réveiller. Toutes les frustrations vécues, les conduites répressives, les différentes névroses provoquent une sorte de violence contre l’autre, un ennemi interne, domestique ou externe». Et «c’est ainsi qu’aujourd’hui, ces haines entretenues et insidieusement intériorisées émergent dans un moment que ces gens considèrent propice à leur défoulement, une sorte de catharsis du mal, c’est la mise en éclat du refoulé», analyse-t-il.

L’Etat, censé prévenir, anticiper et lutter contre ces dérives, s’est montré laxiste. Ces agents ont laissé faire. Pis encore, dans certains cas, ils en sont les instigateurs. La parole publique portée par des représentants de l’Etat à différents niveaux est tout aussi chargée d’infamie. Ce qui laisse croire que ces cortèges de l’infamie qui circulent aisément à travers les réseaux sociaux, via les médias lourds sont pour le moins inspirés et sponsorisés.

Sinon comment peut-on comprendre le discours officiel qui désignait une partie des Algériens d’«égarés» qui menaceraient la nation dans ses fondements. Depuis quelques mois, la rhétorique officielle stigmatise des citoyens les accusant d’être à la solde de l’étranger aux intérêts occultes. Les propos tenus par l’ex-ministre de l’Intérieur, Salah Dahmoune, sont emblématiques d’une dérive verbale, où le palier de l’inacceptable était largement franchi.

La Télévision nationale, qui diffuse sans aucune retenue des propos à la limite du racisme, a révélé la perte du sens au plus haut niveau de l’Etat. Les commentaires du présentateur du journal télévisé de la même chaîne lors de l’emprisonnement de la figure de la Révolution Lakhdar Bouregaâ relèvent du révisionnisme. Le propos du directeur de la culture de la wilaya de M’sila traitant Abane Ramdane de «traître» est encore plus grotesque.

La dangereuse séquence de l’emblème amazigh instrumentalisé pour fragmenter le mouvement populaire a ouvert une brèche dans laquelle s’est engouffrée une colonne de soldats de la haine. Elle a autorisé de fait des dérapages en tout genre. Pris de panique, des dignitaires du régime ont perdu leur sang-froid se révélant sous leur vrai visage, celui de la détestation de l’autre.

Alors que le contexte recommande lucidité, vigilance et retenue, le pouvoir a joué avec le feu. Il a tenté le diable. Dans ce climat social exécrable, l’esprit d’ouverture, de tolérance et du vivre-ensemble risque de céder au profit de la culture.

Faut-il rappeler à ce titre que les guerres et les crimes ont commencé d’abord par des mots. Si, en effet, des lois pouvant limiter les dégâts sont utiles, il n’en demeure pas moins que la réponse doit être globale. Il faut opposer, à cette «pensée» désastreuse, une Algérie riche, plurielle, fière de ses identités et surtout foncièrement ancrée dans l’universalité.  


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