«Nous avons souvent obtenu des rémissions sous chloroquine avec peu ou pas d’effets secondaires majeurs»



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Indiquée dans le traitement de certaines maladies auto-immunes (lupus) et de la polyarthrite rhumatoïde, l’hydroxychloroquine est actuellement utilisée pour traiter les malades atteints du Covid-19. Le Dr Younès Moualek, médecin interniste, revient, dans cet entretien, sur l’effet de cette molécule et ses bienfaits dans le traitement des maladies auto-immunes.

 

-La chloroquine est utilisée depuis quelques années par les médecins internistes pour le traitement de certaines maladies auto-immunes (telles que le lupus) et la polyarthrite rhumatoïde. Comment évoluent les patients ?

L’hydroxychloroquine (Plaquenil) est une molécule dérivée de la chloroquine (Nivaquine) laquelle est utilisée depuis la Seconde Guerre mondiale pour traiter la malaria. Il s’agit de l’extrait d’une plante de la cordillère des Andes, utilisée jadis par les Amérindiens comme antipyrétique. Outre le traitement du paludisme, l’hydroxychloroquine est surtout utilisée dans le traitement de certaines maladies auto-immunes, telles que le lupus cutané ou systémique, le syndrome de Gougerot Sjogren, la polyarthrite rhumatoïde, le syndrome de Sharp, mais également dans les arthrites infectieuses, la maladie de Lyme…

Cette molécule possède des vertus anti-inflammatoires et agit en bloquant la maturation de certaines cellules qui interviennent dans l’immunité cellulaire (les cellules dendritiques et les cellules présentatrices d’antigènes) et participent, par ce biais, au processus inflammatoire. Dans notre pratique, on utilise depuis des années l’hydroxychloroquine chez les malades qui présentent ces désordres auto-immuns, souvent en association avec d’autres médicaments anti-inflammatoires, tels que les corticoïdes, et nous avons souvent obtenu des remissions avec peu ou pas d’effets secondaires majeurs, moyennant, bien entendu, le strict respect des précautions d’usage.

Ces précautions consistent, d’une part, à identifier, à l’aide d’un interrogatoire minutieux, d’un examen physique complet et de quelques examens complémentaires, les patients qui présentent des contre-indications et, d’autre part, à pratiquer des examens complémentaires au cours du suivi à la recherche d’effets secondaires (infra cliniques) qui pourraient survenir en cours de traitement.

-Actuellement, cette même molécule est indiquée pour le Covid-19 en milieu hospitalier pour une courte durée, associé un antimicrobien non spécifique ? Qu’en pensez-vous ?

Je dois rappeler que le Covid-19 est l’expression clinique de l’infection par le coronavirus – CO = corona, VI = virus, D = disease (maladie en anglais), 19 pour 2019, année d’apparition de ce cette maladie.

La prescription de l’hydroxy-chloroquine pour cette pathologie ne relève pas de ma compétence ni le jugement de la pertinence d’un tel traitement. Je précise néanmoins que de par ses aspects physiopathologiques et cliniques, le Covid-19 se présente comme une maladie à expressions multiples, sous-tendue par un processus inflammatoire systémique. Partant de là, l’utilisation de cet anti-inflammatoire immuno-modulateur nous paraît tout à fait logique.

-Le protocole validé par l’Algérie exclut l’azythromicine. Est-ce, d’après vous, la meilleure conduite à tenir ?

Au sujet de l’azithromycine, il faut savoir que l’association d’un antibiotique à l’hydroxy-chloroquine se justifie par le risque de survenue d’une surinfection par les germes banaux qui peut aggraver sérieusement le pronostic du Covid-19. Pour ce qui est du choix de l’antibiotique, celui-ci revient au prescripteur en fonction de son expérience. L’azythromycine offre l’avantage d’une action intracellulaire et, à notre connaissance, celui-ci ne peut pas avoir été exclu du protocole national du traitement de cette maladie dans la mesure où un lot de 500 000 unités de cet antibiotique est déjà prêt à l’emploi.

-Des précautions doivent êtres prises pour les patients souffrant de pathologies chroniques (dont le diabète) pour éviter des effets secondaires. Comment cela doit être géré ?

A propos des diabétiques, comme vous le savez, notre pays est à très forte prévalence de diabète sucré. Face au coronavirus, les diabétiques constituent une population à risque – à risque de complications cela s’entend – ajouté à cela le traitement par hydroxy-chloroquine expose les diabétiques insulinés au risque d’hypoglycémie du fait de la potentialisation par cette drogue de l’effet de l’insuline. Un ajustement des doses d’insuline, éventuellement après avis du médecin traitant, et une surveillance glycémique sont impératifs chez ces patients.

-Pourquoi les praticiens libéraux ne sont pas autorisés à prescrire la chloroquine aux patients atteints du Covid-19 ?

L’hydroxy-chloroquine est réservée à l’usage hospitalier pour le traitement du Covid-19. A juste raison, cette drogue ne doit pas être utilisée larga manu, en ambulatoire, parce que, si ce médicament est familier pour certains spécialistes qui ont l’habitude de traiter les maladies difficiles et sont entraînés à rechercher les contre-indications et les effets secondaires par des examens complémentaires (notamment un électrocardiogramme, un électrorétinogramme, le dosage du potassium sanguin) qu’ils sont capables d’interpréter, il n’en est pas de même pour tous les autres qui pourraient se retrouver à donner un médicament dont ils ne maitriseraient par la manipulation.
Il reste que ces spécialistes entrainés pourraient, si le besoin se faisait sentir, venir en appui à leurs collègues hospitaliers. Je voudrais, pour finir, insister sur la nécessité d’unir tous efforts pour surmonter cette dure épreuve.

-Les praticiens libéraux exigent les moyens de protection pour exercer en toute sécurité. Comment êtes-vous organisés ?

Concernant notre attitude par rapport à notre travail de médecins libéraux, il faut dire que face à une situation exceptionnelle, il faut toujours avoir des capacités pour s’y adapter. Il faut dire que si certains de nos collègues libéraux, pour diverses raisons – manque de moyens de protection, personnel le plus souvent féminin qui s’est mis en congé de facto, maladies chroniques… – ont suspendu leur activité, certains continuent à recevoir leur des patients qui, dans cette conjoncture, sont de plus en plus rares. En ce qui nous concerne, nous avons fait le choix de rester à la disposition des malades en privilégiant néanmoins la consultation à distance (téléconsultation via internet). Des collègues conditionnent la réouverture de leurs cabinets médicaux par la disponibilité des moyens essentiels de protection pour faire face à cette maladie.

 

Entretien réalisé par  Djamila Kourta


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