Retraités, la vie n'est plus une source de plaisir



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Bonjour. Il y a cinquante ans, notre dignité d'homme venait de notre travail. On nous avait appris à l'école coloniale, puis à l'orée de l'indépendance, que le premier sentiment moral, c'est le respect de la personne. Aujourd'hui, malheureusement, on ne respecte plus ce principe. Au contraire, nous sommes imprégnés de ce caractère immoral de traiter une personne comme une chose ; une fois «consumée», on s'en débarrasse. 

Les travailleurs qui s'échinaient au labeur à l'orée de l'indépendance, aujourd'hui à la retraite, méritent plus d'égards, car même s'ils travaillaient pour nécessité économique, beaucoup, sinon tous, se sentaient utiles au pays qui avait besoin de têtes et de bras pour relever tous les défis qui se présentaient à lui. L'individualisme outrancier, longtemps décrié pour tourner le dos au plus faible, accumule le plus gros des richesses pour lui redistribuer le résidu. Sur un fond hideux du personnalisme féroce, le travailleur des années 1960 et 1970 est presque réduit à la mendicité. Dans cette perspective, il est des fois tentant de se replier sur le passé pour trouver des repères. 
Chercher dans ce tourbillon du présent ce qui mérite d'être perpétué, ce qui donne leur valeur aux traditions de tempérance. Sous le règne actuel de la marchandisation du monde, les puissants ne s'intéressent qu'en termes d'argent et de pouvoir, le prolétaire ne peut plus penser qu'en termes de survie. Il y a plus de 45 ans, le travailleur baignait dans le bonheur, l'égocentrisme était un mot presque inconnu de son vocabulaire. Il pensait au bonheur d'autrui, quelle que  soit sa condition. Le fléau du misérabilisme sévissait malheureusement avec acuité dans plusieurs pays de la région. Par la grâce de Dieu, notre main-d'œuvre et nos cadres n'étaient pas voués à l'inculture et écrasés sous le poids des contingences matérielles, «nolens volens», ils menaient une vie simple et heureuse. Ils n'avaient pas des poires d'angoisse. Les retraités des quinze glorieuses, celles qui correspondaient au décollage économique et où, à l'usine, le sidérurgiste, le métallo, l'ajusteur... étaient aux commandes des machines industrielles et vibraient à leur son, au vrombissement des moteurs et au hurlement des souffleries. 
Dans l'administration, il n'était pas ce fonctionnaire vétilleux et impérieux difficile à aborder. Dans les exploitations agricoles qui furent créées grâce à des changements sociaux plus ou moins révolutionnaires, l'agriculteur se levait tôt et se couchait tard. 
Les mains calleuses par la mécanisation, il contribua à jouer un rôle déterminant dans l'accroissement des rendements agricoles ; il ne prévariquait pas dans sa fonction. Il veillait au grain. Sur le chantier de construction ou de la plateforme de forage, le maçon, le ferrailleur, le manœuvre, le sondeur, l'accrocheur en haut du derrick à 20 mètres du sol, sous un soleil de plomb sur son front déjà brûlant ; tous ces travailleurs ont su faire preuve de rectitude et de fidélité envers le serment de Novembre 54. Ils n’étaient pas enclins à l'incurie. Pour un fait véridique qui se perdra peut-être dans l'anecdote, nous dédions une pensée à nos amis et collègues de travail Hocine Kerik et Rachid Terhani qui nous ont quittés il y a quelques années et qui figuraient parmi ces guerriers du labeur pour avoir trimé dès le début de l'année 1970 sur la plateforme de forage de Tiguentourine, Rourdhe E Nous et autres sites de forage dans le Grand Sud algérien. 

«Je suis ce ‘‘RIEN’’»
Après de longues années de durs labeurs, la situation déplorable dans laquelle se trouvaient ces vieux partisans du stakhanovisme, ces vieillards cacochymes au visage ridé, encore en vie, n'était et n'est guère reluisante. La maigre pension de retraite perçue les empêche de mener une fin de vie décente, sachant bien qu'ils ne s'endorment pas dans les délices de Capoue. Jambes vacillantes, vue basse..., conscients de ne servir plus à  «rien », ils sont néanmoins les premiers à répondre aux appels de la nation quand il s'agit de faire leur devoir de citoyens. Voici un conte qui reflète bien la pensée des pionniers de la révolution industrielle. «Toute la cour était là, attendant l'arrivée du roi, quand un fakir en haillons entre et va nonchalamment s'asseoir sur le trône. 
Le Premier ministre n'en croit pas ses yeux. - Qui crois-tu être pour entrer ici et te conduire de cette manière ? lui demande-t-il ? Te prendrais-tu pour un ministre ? - Un ministre ? réplique le fakir. Non, je suis bien plus que cela. - Tu ne peux pas être le Premier ministre, parce que le Premier ministre, c'est moi. Serais-tu le roi ? - Non, pas le roi, plus que cela. - L'empereur ? - Non, encore plus ? - Le prophète alors ? - Plus encore ! - Serais-tu Dieu ? - Non, je ne suis pas Dieu. - C'est encore bien plus que cela. - Mais il n'y a rien au-dessus de Dieu ! - C'est exact, reprend le fakir, je suis ce «RIEN». («L’appel de l'être», Ramesh Belsekar).
Soudani Achour


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