Dr Djamel Eddine Damerdji. Médecin fédéral

«le moment n’est pas opportun pour un retour sur le terrain»



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Le médecin fédéral Djamel Eddine Damerdji a accepté de s’exprimer sur la situation induite par la Covid-19 et ses conséquences sur le football. Dans l’interview qu’il a accordée à El Watan, il livre son sentiment sur toutes les questions qui touchent à l’avenir immédiat du football, comme la reprise ou non des compétitions et les conditions qu’il faut réunir avant toute reprise.

 

Interview réalisée par  Yazid Ouahib

 

-Docteur, comment qualifiez-vous la situation née de la Covid-19 et ses implications sur les compétitions sportives (la veille de l’arrêt des compétitions) ?

La crise sanitaire due à la Covid-19, qui frappe notre pays et le monde entier, est d’une ampleur et d’une gravité sans précédent. Elle modifie profondément notre mode de vie, nos habitudes et impacte fortement l’activité sportive. Il n’existe pas de traitement préventif pour lutter contre la propagation du virus (pas de traitement, ni de vaccin ni même de chimioprophylaxie). Les pays ont eu recours au confinement et aux bonnes pratiques d’hygiène et de sécurité (gestes barrières, distanciation sociale) et à l’annulation, entre autres, des événements sportifs d’une manière générale et en particulier bien sûr le football.

-Quel bilan faites-vous après deux mois d’arrêt ?

Selon les études scientifiques, l’arrêt de trois semaines et plus affecte progressivement le potentiel  anaérobie et aggrave le potentiel aérobie du joueur. Autrement dit, le retour à l’état initial d’avant le confinement sera retardé. De ce fait, les qualités physiques mettent plus de temps pour revenir au niveau antérieur, ceci pourrait engendrer des lésions musculaires dues à la reprise de la compétition. Aujourd’hui, on est au troisième mois d’arrêt, les changements physiologiques peuvent prendre de plus grandes proportions, et vont chuter de façon très importante, malgré les exercices à domicile. Pour revenir à l’état initial d’avant le confinement, cela nécessite au moins six semaines d’entraînement, plus au moins 14 jours d’observation s’il n’y a pas d’apparition de signes cliniques de la Covid-19. La prise en charge de ces cas est codifiée par les instructions du MSPRH.

-Les conditions d’une reprise, maintenant sont-elles réunies ?

Je reviens pour dire qu’on est devant un problème de santé publique, pour lutter contre la propagation de ce virus, les pays ont eu recours au confinement de la population, pour reprendre l’activité sportive chaque club possède-t-il un médecin, parce que pour mettre en place les conditions de sécurité, c’est une obligation d’avoir un staff médical au sein de chaque club, on est très loin de la réalité sur le terrain, pensez aux clubs de la Division honneur et pré-honneur au niveau des wilayas.

-Quelles conditions faut-il garantir pour programmer une reprise des entraînements et des compétitions ?

Les conséquences de l’arrêt du sport ne sont pas irréversibles. Cependant, il ne faut pas brûler les étapes lors de la reprise, au risque d’avoir des blessures et de prolonger l’arrêt. Evaluer au cas par cas la situation physique de chaque athlète et adapter le retour à la compétition et à l’entraînement en fonction des capacités de chacun. La charge doit être progressive et soutenue jusqu’à atteindre l’objectif.

Chaque membre de l’équipe devra suivre un protocole médical similaire à celui d’une reprise avant une saison. La démarche diagnostic de certitude et de présomption est établie par l’instruction n°09 du 17 avril 2020 du ministère de la Santé, cette instruction vient compléter la note n°12 du 23 mars 2020 relative à la mise en place du dispositif de prise en charge d’un joueur ou un membre du staff suivant un algorithme joint dans l’instruction en annexe, l’instruction n°09 du 19 mai 2020 du ministère de la Santé, relative à l’actualisation des critères de guérison d’un cas de Covid-19. Chaque membre d’une équipe est suspect jusqu’à preuve du contraire.

-Un protocole sanitaire peut-il être élaboré et surtout respecté ?

Selon les instructions du ministère de la Santé, le protocole doit être de vigueur et repose sur un faisceau d’arguments basés sur :
– des critères épidémiologiques  qu’il importe de rechercher systématiquement ;
– des critères cliniques associant fièvre, toux et/ou dyspnée +/- asthénie – myalgies, troubles digestifs, anosmie et agueusie, sachant que cette symptomatologie peut être variable d’une personne à l’autre ;
– des critères biologiques se traduisant par une leucopénie et/ou une lymphopénie – une CRP élevée – une VS accélérée.
– critère radiologique : de forte présomption basée sur les images typiques du scanner thoracique : la certitude diagnostique est apportée par la positivité de la RT-PCR qui reste l’examen de référence ; les tests sérologiques (anticorps) validés à partir du 7e jour du début des symptômes. Une importance particulière doit être accordée par les médecins des clubs à la stricte application des directives édictées dans les notes et instructions du MSPRH suscitées.

-Le football algérien dispose-t-il des moyens, sur le plan médical, pour renouer avec la compétition, à l’instar de l’Allemagne et d’autres pays européens ?

Depuis l’apparition du premier cas en Algérie, une cellule de suivi a été installée au niveau du MSPRH, responsable de la prise en charge de cette pandémie, la démarche du diagnostic du suivi et du traitement est différente de nos pays voisins ou européens. On ne peut se comparer à d’autres pays qui ont plus de moyens. D’ailleurs, les plus grands pays se sont mis à genoux devant cette pandémie. Ce n’est pas le même contexte, ni la même géographie, ni la même démographique, ni la même politique de santé ou niveau du civisme… A ce stade, on parle de population générale et le football en fait partie.

-Le football amateur, à travers ces milliers de clubs et pratiquants, a-t-il les moyens de remplir le cahier des charges pour un retour sur le terrain ?

Pour le football amateur, les choses se compliquent d’avantage, et cela à cause de l’absence d’un staff médical permanent. Les personnes au niveau de chaque club doivent faire l’objet d’un examen minutieux et d’un traitement au cas par cas. Il n’y a aucun suivi médico-sportif au niveau des clubs, même pour les professionnels.

-Vous semble-t-il raisonnable aujourd’hui de parler et de planifier un retour sur le terrain ?

Le retour sur le terrain doit être notre préoccupation principale, mais ce n’est pas le moment opportun face à la situation actuelle. Le retour au regroupement des troupes est conditionné par l’état de santé de chaque personne, sans exception. En d’autres termes, toute la composante humaine de l’équipe ne doit présenter aucun signe clinique relatif à la Covid-19, au moins dans les 14 jours. La difficulté réside dans la primo-infection à la Covid-19, qui est généralement sans signe clinique qui précède le regroupement.

-Tous les sportifs pourront-ils se soumettre aux examens et bilans ?

Évaluer au cas par cas la situation de la santé de chaque athlète et de son entourage dans le club et adapter le retour à la compétition en fonction des résultats de chacun, le profil sérologique est d’une grande importance, comme le préconise la société savante, avec prise de température obligatoire pour tout le personnel avant l’entrée au site d’entraînement. Toute personne qui présente de la fièvre ou un quelconque symptôme de la Covid-19 sera isolée et testée à la PCR. Les personnes externes au site (démarcheurs, fournisseurs…) ne doivent pas être en contact avec les personnes du site. Le personnel du site doit être réduit au maximum.

-Un dernier mot…

Ce virus n’épargne personne, pas même les sportifs de haut niveau. Aussi, pour nous protéger, protéger nos familles et également protéger la société toute entière, il est impératif que nous appliquions ces consignes. La FAF a mis à disposition un ensemble de ressources (experts, documents pour accompagner nos joueurs avec leur staff) en cette période très particulière et difficile.

A mesure que la situation évolue, nous tenons à assurer que la commission médicale fédérale et la commission antidopage continuent à relever les défis liés à cette pandémie en plaçant la santé et la protection du football au premier rang de notre préoccupation.


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