«L’épidémie encore trop active dans 10 wilayas»



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– A l’instar des autres pays, l’Algérie enregistre depuis une dizaine de jours une tendance baissière de l’épidémie de Covid-19. Quelle évaluation faite-vous de la situation ?

Je rappelle encore une fois que toute épidémie a un début et une fin. La Covid-19 est une pandémie mondiale qui n’a épargné personne, aisant des milliers de victimes.

Les avis des spécialistes diffèrent des uns et des autres et personne ne sait aujourd’hui comment cette épidémie va évoluer dans le temps, puisque c’est une nouvelle pathologie. Par contre, une chose est sûre, c’est que cette épidémie baisse dans le monde, pourquoi ne le serait-elle en Algérie.

Nous avions effectivement pris peur au début en voyant ce qui se passait en Chine, en Espagne, en France et en Italie, puis aux Etats-Unis. Vu les insuffisances de notre système de santé et l’incivisme d’une certaine frange de notre population, nous avions réellement pris peur et nous nous sommes interrogés si on était en mesure de faire face à cette épidémie qui fait des ravages ailleurs.

C’est ainsi que nous avons mobilisé tous nos moyens en termes d’équipements, de nombre de lits d’hospitalisation et de réanimation. D’ailleurs, on avait tout de suite dit qu’on pouvait avoir 6000 lits de réanimation en utilisant tous les appareils des services d’anesthésie-réanimation et là on n’a jamais dépassé 16% de ces capacités.

On a fait de même pour les lits d’hospitalisation dont le taux d’occupation n’a pas dépassé les 45%. Ce qui a été pour nous rassurant. Ces résultats ont pu être réalisés grâce à la mobilisation de tous, en premier le personnel de santé qui est toujours au front et tous les autres secteurs.

Au début, nos moyens de diagnostic étaient limités, puisque seulement l’Institut Pasteur d’Algérie était habilité à faire les tests, donc le nombre de cas dépistés était également limité, comme il y avait également un manque de kits de transport des prélèvements, le retard dans l’acheminement des résultats.

Avec la multiplication des centres de diagnostic à travers le pays qui sont aujourd’hui au nombre de 26, dont les annexes de l’IPA, on est arrivé à faire plus de diagnostics et donc le nombre de cas a significativement augmenté pour atteindre, au 29 avril, 199 cas, et au 3 juin, 107 cas. Ce plus haut chiffre pourrait être le pic de l’épidémie.

Nous espérons que le pic est passé, bien que le plateau est parfois en forme de scie en raison de l’éclosion des foyers dans certaines régions du pays. Il y a donc une tendance baissière qui s’affirme et se confirme. La situation nationale est représentée sur une plateforme au ministère de la Santé et qui montre chaque jour une tendance à la baisse.

Ce qui est confirmé par les indicateurs épidémiologiques, à savoir le R0, le taux de reproduction qui est inférieur à 1 dans les premières wilayas déconfinées. Chose qui semble se produire dans d’autres régions du pays.

Le taux d’occupation de lits de réanimation, d’hospitalisation, les urgences et les décès sont en diminution. Ce sont tous ces indicateurs qui nous renseignent justement sur la stabilité et l’amélioration de la situation épidémiologique.

Nous avons réussi à maîtriser la situation. D’ailleurs, nous avons été félicités par des organismes internationaux et des ambassadeurs en Algérie pour tout le travail que nous avons effectué dans la lutte contre la Covid-19. Mais cela dit, il faut savoir qu’on n’est pas à l’abri de l’éclosion de foyers.

– Justement, pour lutter contre ces foyers ou clusters et endiguer l’épidémie, vous avez appelé au renforcement des enquêtes épidémiologiques pour capter plus de cas et surtout identifier les cas contacts. Comment cela est-il organisé ?

Au-delà de ces indicateurs qui sont actuellement au vert, le conseil scientifique a insisté sur la mise en œuvre de l’approche pro-active du dépistage des sujets contacts à travers le renforcement des équipes des services d’épidémiologie de médecine préventive chargées d’identifier tous les cas contacts, de les dépister et de mettre aussitôt les mesures de prévention appropriées.

Cette stratégie aura pour but d’interrompre, de façon durable, la chaîne de transmission, faute de quoi on pourrait assister à la persistance d’une transmission résiduelle susceptible d’être à l’origine de nouvelles vagues.

Elle devra être menée, en priorité, dans les wilayas sièges de foyers actifs de transmission. Il y a donc dix wilayas enregistrant le plus grand nombre de cas de contamination à la Covid-19.

Avec la baisse du nombre de cas confirmés et le nombre de décès qui varie entre 6 et 8 par rapport au début de la pandémie, certaines wilayas comparées aux autres régions du pays enregistrent un grand nombre de cas.

Parmi les aspects qui seront étudiés au titre de cette enquête et dans le cadre de la stratégie tracée en matière de lutte contre la pandémie dans les wilayas concernées, il est question de s’intéresser au sujets contacts autour des cas confirmés Covid-19.

Ce sont des enquêtes ciblées afin de suivre les nouveaux cas dans ces régions et casser la chaîne de contamination. Les équipes d’épidémiologie sont déjà sur le terrain pour identifier tous ces cas qui surviennent généralement suite à un relâchement face aux mesures de précaution et notamment le non-respect de la distanciation physique.

Une première mission a concerné la wilaya de Médéa depuis le 27 mai dernier, Blida, Oran, Alger, Constantine, Sétif, Aïn Defla sont aussi concernées. Je rappelle que depuis le début de l’épidémie, 55 000 enquêtes épidémiologiques ont été réalisées, dont 1800 à Alger et 1400 à Blida, autour des cas confirmés par PCR et ceux diagnostiqués par scanner thoracique.

– Est-ce que le recours au scanner thoracique comme moyen de diagnostic sera maintenu alors que 26 centres de diagnostic par PCR sont répartis sur le territoire national ?

Je rappelle qu’au 3 juin, 9733 cas cumulés de Covid-19 ont été enregistrés et 18 682 cas traités, dont 10 376 ont été diagnostiqués par radiologie et scanner qui sont des cas probables et 8305 cas confirmés par PCR.

Actuellement, près de 5000 patients sont hospitalisés et traités à travers le territoire national. Dès le début de l’épidémie, nous étions à l’écoute de toutes les propositions pour améliorer le diagnostic, vu que seulement l’IPA pouvait faire les tests.

Devant l’insuffisance du nombre de laboratoires de diagnostic et du nombre des kits PCR, nous nous sommes intéressés à l’imagerie, notamment le scanner thoracique qui met en relief la pathologie Covid-19.

Des images typiques en verre dépoli qui montrent une pneumonie mais pas affirmatives quant à la présence du virus. La seule certitude pour affirmer un cas positif est l’examen virologique, en l’occurrence la confirmation du génomique de l’ARN par la technique la PCR.

Le recours au scanner était donc validé dans des situation particulières pour un diagnostic rapide et traiter immédiatement les patients, surtout dans les région où il n y a pas de PCR. Une conduite à tenir a été donc établie et communiquée aux cliniciens habilités à prendre en charge les cas Covid, tout en précisant que le scanner seul ne suffit pas pour poser le diagnostic.

Il est question de prendre en considération le contexte épidémiologique, notamment l’interrogatoire répondant à la définition du cas suspect Covid et devant une forme de présomption ajoutée au tableau clinique avéré, le patient est vite hospitalisé et mis sous traitement jusqu’à la confirmation par PCR. Il y a effectivement plus de PCR, mais ce ne sont pas toutes les régions qui sont dotées de ces laboratoires.

La radiologie et le scanner thoracique seront toujours utilisés pour rattraper les manques en PCR et mettre les patients sous traitement, car le résultat est immédiat.

– Vous avez déclaré que l’Algérie ne renonce pas au traitement à l’hydroxychloroquine suite à la polémique enclenchée par l’étude publiée par The Lancet et la suspension des essais clinique de l’OMS . Quelles sont les raisons ?

Nous avons commencé les traitements, à l’instar des autres pays, comme la Chine, les Etats-Unis et la France, précisément à Marseille avec le Pr Didier Raoult.

N’ayant pas de traitement spécifique ni de vaccin contre cette pathologie, nous avons engagé des discussions au sein du comité scientifique du suivi de l’évolution de l’épidémie et nous nous sommes concertés tout en nous mettant d’accord sur le fait que nous ne perdions rien à prescrire un traitement sur la base d’un médicament que nous utilisons depuis des années.

Un protocole thérapeutique basé essentiellement sur l’hydroxychloroquine et l’azithromycine a été validé dès le 23 mars.

Puis des études montrent que cette maladie provoque, en plus de l’altération de la fonction pulmonaire, des embolies pulmonaires et un orage inflammatoire, des propositions ont été donc faites pour ajouter au protocole thérapeutique les anticoagulants et les corticoïdes.

Ce qui a été fait et nous avons enregistré à ce jour des résultats satisfaisants et c’est probablement ce qui a permis la baisse de la mortalité.

D’ailleurs, le taux de létalité a connu une baisse en passant de 14 à 7 décès pour 100 cas, contre une hausse des cas de rétablissement qui a atteint actuellement 6218 cas avec très peu d’effets secondaires.

Ainsi, les résultats du suivi médical font ressortir un taux de 98,2% de guérisons sur un total de 3021 dossiers médicaux de patients infectés par le nouveau coronavirus avec un taux de mortalité de 1,8%. La majorité des patients décédés étaient âgés de plus de 60 ans et ou présentaient des comorbidités.

Le nombre de patients ayant bénéficié de ce protocole thérapeutique jusqu’au 2 juin 2020 est de 18 545 personnes, dont 8256 cas confirmés par tests PCR et 10 289 cas probables au scanner thoracique. Jusqu’au 2 juin, 41 signalement faisant état majoritairement d’effets secondaires mineurs, tels que des troubles digestifs et des formes de prurit et de 9 cas d’effets secondaires cardiaques d’évolution favorable.

A la lumière de ces résultats, tous les médecins traitant la Covid-19 sont satisfaits de ce traitement et ont décidé de poursuivre sa prescription, en respectant les conditions médicales recommandées par le comité scientifique en date du 23 mars 2020, consistant à appliquer ce protocole thérapeutique en milieu hospitalier, s’il n’y a pas de contre-indications. Comme il est aussi recommandé d’assurer un suivi médical avec des examens cardiaques et virologiques.

Par ailleurs, un essai clinique multicentrique à deux bras, regroupant 800 patients dans dix centres hospitaliers, traités par l’hydroxychloroquine et l’azithromycine pour une période allant respectivement de 7 à 10 jours, sera lancée. Nous n’avons pas mis le bras témoin placebo pour des raison d’éthique et surtout que la situation est exceptionnelle. L’étude sera publiée dans une revue indexée.

– Le port de masque de protection est désormais obligatoire. Est-ce que ce dispositif est disponible sur le marché et à quel prix ?

Effectivement, le port du masque est un moyen efficace pour se protéger et protéger les autres du virus, d’où le caractère obligatoire instauré depuis le 24 mai dernier. C’est également un moyen efficace pour casser la chaîne de contamination. Nous constatons que de nombreuses personnes ne portent pas de dispositif de protection et c’est dommage.

Nous comptons beaucoup sur l’adhésion de la population dans le respect des mesures de prévention et surtout la distanciation physique pour réduire cette épidémie. L’exemple de la ville de Iena de 100 000 habitants en Allemagne est édifiant.

Le port du masque est obligatoire et il est porté par la totalité de la population. Au bout de quinze jours, aucun cas de Covid n’a été enregistré. C’est extraordinaire. C’est pourquoi nous insistons sur le respect rigoureux de ces mesures de distanciation. Je tiens à souligner que des dizaines de millions de masques seront mis sur le marché prochainement.

Les prix seront plafonnés, que ce soit pour le masque chirurgical qui se vend en pharmacie ou le masque alternatif qui sera mis en vente dans les commerces. Ces prix ne dépasseront pas les 30 à 40 DA pour les masques grands public et 90 DA voire moins pour les masques chirurgicaux.

– Le gouvernement a amorcé le processus de déconfinement. Comment sera organisé ce dernier ?

Un plan de déconfinement a été soumis au gouvernement portant une série de recommandations, lesquelles découlent de la nécessité d’une préparation efficace et coordonnée pour la mise en œuvre d’un processus de déconfinement adapté et contrôlé afin d’éviter tout relâchement brutal des mesures de santé publique qui pourrait se traduire par une remontée rapide du nombre de cas et un retour des formes graves.

Le programme se dessine effectivement et il se fera de manière progressive pour certains secteurs économique et la décision revient gouvernement. Les membres du conseil scientifique ont recommandé un retour à la vie normale de manière progressive.

A préciser que les lignes directrices devraient porter sur la prise en compte des risques pour la santé publique, du fardeau économique et social engendré par l’ensemble des mesures prises pour freiner et maîtriser cette épidémie dans notre pays et le renforcement de la stratégie de contrôle, dont l’objectif est de tarir les foyers et empêcher l’apparition de nouvelles infections et poursuivre l’effort de réduire les formes graves et les décès.

Je rappelle que ces recommandations s’inscrivent dans le cadre des orientations de l’OMS qui insistent, entre autres, sur le maintien de la vigilance pour la poursuite des activités de prévention et de lutte contre la Covid-19.

Ce déconfinement se fera donc de manière graduelle selon les données épidémiologiques dans les différentes régions par rapport à l’incidence de l’épidémie et au R0. Des propositions pratiques seront faites par les différents secteurs.

Des schémas axés sur des mesures sanitaires, notamment le respect du port du masque, l’utilisation du gel hydroalcoolique, la distanciation physique seront présentés. La sensibilisation de la population pourrait se faire à travers l’affichage simple ou animé, les flyers, les affiches, le marquage, guidage, etc.

– Vu l’amélioration de la situation sanitaire, des instructions ont été données pour relancer les activités médicales dans les hôpitaux ; qu’en est-il au juste ?

Les chiffres sont favorables quant à la situation épidémiologique et les lits sont libérés. Il n’y a pas de raison que des services médicaux restent fermés alors que des malades atteints d’autres pathologies attendent d’être pris en charge, notamment pour des interventions chirurgicales. Les services doivent se préparer à cette reprise en reconstituant les équipes.

Ce sont toutes les activités médicales qui sont concernées et en premier lieu la cancérologie et là où le pronostic vital est engagé, les urgences et tous les services qui n’étaient pas dédiés à la Covid-19, tels que la psychiatrie, l’ophtalmologie, la rhumatologie.

Notre priorité après la Covid sont les parturientes et les cancéreux. La signature des conventions avec les cliniques privées permettra d’avoir moins de surcharge des hôpitaux qui, eux, se chargeront des grossesses à haut risque.

Pour ce qui est de la prise en charge des personnes atteintes de cancer, notamment pour la radiothérapie, nous avons réuni les directeurs des CAC et les chefs de service de radiothérapie pour dégager des propositions mettre en place une feuille de route pour réduire les délais d’attente.

Des visites dans des centres anticancer à travers les wilayas pour optimiser les équipements ont été effectuées. Une plateforme numérique devait être dédiée à cette question pour permettre aux patients de se faire soigner même en dehors de leur lieu de résidence et rétablir l’équité dans les soins. Les urgences médico-chirurgicales sont également un chantier pour lequel un plan d’organisation est prévu pour alléger la surcharge.


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