La Libye nouveau terrain de jeu de Washington



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Le chaos libyen augure-t-il d'une installation durable des troupes américaines en Afrique du Nord ? Cette question, légitime, sous-entend une autre. Celle relative à la présence d'Africom sur le sol africain. Après le refus de nombreux Etats du Continent d'accueillir le commandement militaire américain pour l'Afrique, voilà que l'accélération des événements en Libye ravive la démarche intéressée de Washington d'avoir un pied à terre durable dans la région. Le but inavoué : contrer la montée des influences russe et chinoise en Afrique.


Si l'Algérie affiche plus que jamais ses positions historiques de refus de toute présence étrangère sur son sol, quoi qu'il en coûte, ce n'est pas le cas de nombreux autres pays de la région. Le Maroc avec sa disponibilité permanente à jouer les sous-traitants à défaut de s'enrôler dans des alliances contre nature pour plaire aux puissants de l'heure est toujours dans son rôle. Les pays qui forment le G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Sénégal, Niger, Tchad) sont également prompts à s'inscrire dans des agendas de type atlantiste. Mais il y a une position nouvelle qui commence à se dessiner, c'est celle de la Tunisie.
Amoindrie par les tiraillements d'une transition politique, la Tunisie menacée économiquement et stratégiquement par les soubresauts du drame libyen, semble vouloir succomber aux sirènes des militaires du Pentagone.
Le 28 mai dernier, le général de l'armée américaine Stephen Townsend, chef du Commandement américain pour l'Afrique, s'est entretenu par téléphone, avec le ministre tunisien de la Défense, Imed Hazgui.
Les deux responsables ont discuté, selon un communiqué de l'Africom, des possibilités d'entraînement et d'exercice à venir, tout en réaffirmant le solide partenariat bilatéral américano-tunisien. « La Tunisie est un excellent exemple de la façon dont le soutien américain à nos partenaires africains contribue à l'autosuffisance, à la sécurité et au développement à long terme », a déclaré Stephen Townsend. Notre relation avec la Tunisie est axée sur le renforcement de notre partenariat pour atteindre des objectifs de sécurité mutuels ».
Selon le même communiqué, les États-Unis ont investi, depuis 2011, plus d'un milliard de dollars dans l'armée tunisienne. « Les efforts mutuels ont permis d'améliorer la sécurité des frontières tunisiennes, le renseignement militaire et les opérations air-sol », dit ce texte.
Et c'est là que ça devient intéressant et surtout inquiétant. « Nous savons que beaucoup de nos partenaires africains sont assiégés par des acteurs malveillants et des réseaux terroristes », a déclaré le général Townsend. « Nous savons aussi que nous ne pouvons pas renforcer la confiance.
Par conséquent, nous restons déterminés à renforcer les partenariats essentiels et à travailler ensemble pour apporter des solutions aux défis communs ».


Le commandant de l'Africom le général Stephen Townsend



D'ailleurs il y a quelques jours, le secrétaire américain à la Défense Mark Esper a « ordonné le déploiement de la 1e Security Force Assistance Brigade (SFAB) de l'armée de terre sur le continent pour conduire des missions de formation, conseil et assistance dans des pays phares d'Afrique », a indiqué une porte-parole du Pentagone, Alyssa Farah, dans un communiqué. Assistance, conseil et formation, sont donc les maitres mots du plan média des Américains pour expliquer l'intérêt « subit » de l'Africom pour la Tunisie.


La Russie en ligne de mire ?
Mais au-delà de cette entente américano-tunisienne, sur fond de théâtre opérationnel libyen, c'est la présence de plus en plus agressive de la Russie et la Chine en Afrique qui est en arrière-plan de cet activisme effréné des Etats-Unis dans la région.
Les derniers développements sur le terrain indiquent l'existence d'un bras de fer entre Moscou et Ankara par protagonistes libyens et étrangers interposés.
Le soutien russe aux forces de Haftar avec en toile de fond la présence en Libye de la société de mercenaires Wagner a, dans un premier temps, permis l'avancée de l'Armée Nationale Libyenne jusqu'aux abords de Tripoli. Cette offensive n'a été stoppée qu'après l'intervention des drones turcs aux côtés des forces du Gouvernement d'Union Nationale et des djihadistes transférés par la Turquie en Tripolitaine.
La déroute apparente des forces de Haftar signifie-t-elle la fin de l'influence russe en Libye ? Pas si sûr ! Grace à son succès dans la gestion du conflit en Syrie et la défaite infligée à Daech Moscou reste un acteur incontournable dans le règlement de la crise fratricide en Libye.
La Russie avait investi plus de 4 milliards de dollars en Libye au temps de Gueddafi et ne compte pas se laisser voler par une alliance américano-britannique qui a détruit ce pays en 2011, selon Jalel Harchaoui, chercheur à l'Institut Clingendael de La Haye (Pays-Bas).
Des avions de chasse russes y ont été déployés pour « dissuader les forces du GNA d'avancer au-delà des limites de (la région) tripolitaine », affirme, pour sa part, Wolfram Lacher, chercheur à l'Institut allemand des affaires internationales et de sécurité.
« La Turquie et la Russie tentent de se tailler des sphères d'influence en Libye ». Une réédition du modus vivendi autour de la Syrie ? « Mais il reste à voir comment d'autres puissances étrangères réagiront : les Etats-Unis, les Emirats arabes unis, l'Egypte et la France », qui ont soutenu ou soutiennent le maréchal Haftar, précise l'expert allemand. « Ils pourraient essayer de torpiller un arrangement russo-turc en Libye, car il les marginaliserait et accorderait à la Russie et à la Turquie une influence à long terme » dans ce pays proche de l'Europe, dit-il.
Tous les experts s'accordent à dire qu'actuellement Moscou et Ankara sont les seules puissances engagées pleinement dans des conflits armés. Le règlement de la crise en Libye ne saurait être dissocié de celui de la Turquie. Les deux sont tenues de se mettre d'accord dans les deux zones.
C'est sous ce jour qu'il faudrait interpréter l'arrivée tambour battant de l'Africom en Tunisie, près des frontières avec la Libye.
« Avec ce retrait (de Wagner, ndlr), la Russie met fin à l'offensive contre Tripoli, mais le soutien russe reste indispensable à la survie de Haftar » dans ses zones traditionnels, rappelle Wolfram Lacher. Et cet échec de l'offensive « constitue une opportunité pour le Kremlin pour augmenter son influence politique en Cyrénaïque (dans l'est) sans jamais, bien sûr, couper les ponts complètement avec Ankara », ajoute Jalel Harchaoui.
Selon Emad Badi, analyste à l'Atlantic Council, la Russie « accroîtra davantage la dépendance de Haftar à son égard, car il a maintenant besoin de toute forme de soutien étranger pour (...) ne pas perdre la face ».


Le Maréchal Haftar en plein débacle en Libye

Des intentions russes que soupçonnent également les Etats-Unis : Moscou « essaie clairement de faire pencher la balance en sa faveur en Libye », a alerté dans un communiqué, rendu public il y a dix jours, le chef du commandement américain pour l'Afrique (Africom).


Moscou dénonce la propagande US
A Moscou, la diplomatie russe a communiqué sur ce qu'elle a qualifié d'« allégations » américaine, soit l'arrivée en Libye d'avions de combats russes dans différentes bases contrôlées par le maréchal Khalifa Haftar. Les États-Unis formulent de nouvelles accusations contre Moscou uniquement pour renforcer leur présence militaire au Moyen-Orient et en Afrique, a déclaré jeudi dernier la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova.


« Nous avons remarqué que Washington ne cesse de diffuser des informations sur des actions russes à caractère militaire, lesquelles représenteraient une menace pour la sécurité de l'Afrique du Nord. Les États-Unis le font depuis longtemps de manière sporadique. On assiste actuellement à une nouvelle flambée, sans en voir d'exemples, de faits ou d'informations concrètes. Les Américains ne prennent pas la peine de fournir des faits », a indiqué Mme Zakharova.
Selon elle, « les déclarations sur une prétendue expansion russe ne sont qu'un prétexte primitif pour augmenter le groupement militaire américain dans la région ». « Malheureusement, on assiste à une guerre de l'information, ce sont de fausses informations », a-t-elle ajouté.
Africom a annoncé jeudi dernier qu'une autre brigade d'assistance à la sécurité (SFAB) pourrait être envoyée en Tunisie. Il l'a expliqué par sa préoccupation concernant la sécurité régionale en Afrique du Nord tout en accusant Moscou d'« attiser le conflit libyen ».
C'est le propre de la propagande américaine, créer un ennemi afin de justifier une intervention directe. La présence russe en Libye, au même titre que celle de la Turquie, de la France, de l'Egypte, des Emirats arabes unis et de l'Arabie Saoudite, entre dans le cadre d'un « Grand jeu » pour le contrôle du territoire de l'ancienne Jamahiriya et de ses ressources.
Vouloir accuser un protagoniste, dédouaner les autres et justifier sa présence est le propre de la machine propagandiste du Pentagone. Toutes les puissances intervenantes en Libye violent la souveraineté de ce pays et participent au massacre de son peuple. Seule la position algérienne, qui met en avant le principe du respect de la souveraineté et de l'unité de la Libye comme postulat de base pour une sortie de crise, demeure la voie du salut non seulement pour ce pays mais surtout pour la région.


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