Le numérique, un geste barrière efficace ?



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Par le Pr Baddari Kamel(*)
Un simple toucher de main, ouvrir une porte, participer à un regroupement familial ou autre, rencontrer ou croiser quelqu’un qui éternue ou qui tousse… deviennent des attitudes qui inquiètent sérieusement tout être sensé car la contamination due au Covid-19 peut partir de là. Pour réduire au maximum les contacts physiques, une solution a été adoptée par tous les gouvernants se résumant à un confinement plus ou moins drastique, tout en insistant ou en imposant le respect de quelques gestes sanitaires comme la distanciation sociale, le port du masque protecteur… Les résultats sont mitigés d’un pays à un autre selon que l’état de circulation du virus avant confinement soit avancé ou non. Revenir sur ce qui a été amplement discuté et analysé est sans intérêt. Il s’agit ici d’insister sur une leçon toute particulière que nous donne le Covid-19, à savoir la nécessité de restructurer en profondeur nos pratiques dans tous les secteurs et songer enfin à la transition numérique pour en faire une priorité et un outil de premier choix dans la gestion des affaires du pays. Toutes les sphères reconnaissent ses mérites pour la vie du citoyen, mais peu osent franchir son obstacle car, il faut le souligner, le problème est de taille. Il s’agit de processus et de mentalités qui, malgré toute l’ampleur de la complexité, plus la numérisation est reportée, plus elle devient indispensable et compliquée. 

Quand le contact physique est à éviter, le numérique devient inévitable
Le Covid-19 lève de nombreux freins qui gênent considérablement tout élan de nature à propulser l’économie vers des lendemains meilleurs répondant aux aspirations légitimes de la population, et participant au développement social, économique et scientifique du pays ; parmi lesquelles la transition numérique de l’économie. Elle consiste en la mise en place des systèmes et des dispositifs rendant possible l’accès à l’information fiable en tout lieu et en toute heure, obtenir des documents, réaliser en ligne des opérations du type acheter, vendre, échanger, travailler à distance, étudier et enseigner... 
En Algérie, le confinement a incité des entreprises, surtout étrangères, au télétravail, et des institutions comme les établissements d’enseignement supérieur à l’utilisation de la technologie de l’information où de nombreux cours à distance ont été assurés. Une évaluation à froid sera indispensable pour mesurer le réel impact de cette première expérience. Mais ceci ne constitue qu’une infime partie de ce que doit être le numérique qui concerne tous les domaines de la société : les institutions et services de l’Etat, les banques, les hôpitaux, les entreprises… Le pays est appelé à réaliser les investissements dans les infrastructures, les logiciels mais aussi et surtout l’instauration de cultures de travail, de citoyenneté, de technologie et d’innovation.

La transition numérique est-elle un problème ou une solution ? 
La transition numérique est la clé de succès à la mise en place d’une médecine 2.0 appelée aussi médecine participative basée sur le Web 2.0, comme elle est la clé de réussite de l’industrie 4.0 (de la 4e révolution ?) appelée aussi l’industrie du futur. Elle est aussi la clé de succès de toute activité que l’homme consent à réaliser dans la vie de tous les jours. Parti de là, il est difficile de songer un instant que la transition numérique puisse être un problème, mais a contrario, pour être une solution, elle demande des ressources, de la passion et de la ténacité. Créer et ne pas entretenir et sécuriser une base de données est une source d’échec, laisser des logiciels avec des bugs est une autre source d’échec, ne pas rendre disponible l’information sur tout type de supports d’information en tout temps et en tout lieu est une autre source d’échec… Les cas susceptibles de baisser le prestige de l’usage du numérique chez la population, si elle est malmenée, sont nombreux. Ils généreront la crainte et le déni qui finiront par discréditer le travail effectué.

Le cas particulier de l’enseignement à distance
L’enseignement à distance n’a montré tout son intérêt que durant cette pandémie où les établissements d’enseignement et de formation ont converti certaines activités effectuées en présentiel vers des activités à distance. Les résultats sont mitigés et dépendent en grande partie de l’état de la culture digitale présente dans l’établissement mais aussi des disponibilités des ressources qu’il doit posséder car, en effet, pour bénéficier des apports de l’enseignement à distance et qu’il ne se sente pas en position d’inégalité, l’apprenant devra jouir d’une connexion internet stable et suffisamment puissante. Seule une partie des apprenants bénéficie de cette condition quand bien même l’établissement a déployé d’énormes efforts pour réaliser cette modalité. 
La numérisation d’un établissement d’enseignement n’implique pas sa séparation de son rôle social car les études en présentiel constituent la meilleure expérience de la construction de la personnalité pour devenir autonome et sociable. Cette construction ne se fera que si une osmose s’obtient par l’échange direct entre les étudiants et les enseignants. L’enseignement à distance est une culture dont les retombées s’affirment de façon naturelle et se déploient tout aussi naturellement pour suppléer le présentiel lors des situations semblables à celles que vit l’humanité actuellement. C’est une forme de résilience face aux aléas du futur.

Clés de succès pour une transition numérique
Une transition numérique n’est pas un projet car, sinon, on accepterait qu’elle dérive ce qui n’est pas possible lorsqu’on décide de la transition numérique dans un pays. Une transition numérique est une restructuration en profondeur des organisations et des opérateurs publics et privés qui doivent se réinventer et faire face à de nouveaux défis en utilisant toutes les potentialités de la nouvelle technologie dans le but d’améliorer leurs performances et servir convenablement le citoyen. La mise en place de systèmes d’information bien structurés, la dématérialisation des services, l’utilisation des logiciels ERP (Enterprise ressource planning ou progiciel de gestion intégrée), l’intelligence artificielle, le cloud, le digital marketing, l’élargissement de l’écosystème pour que l’administration soit proche, à l’écoute et réponde aux préoccupations de la population sont autant de clés de succès pour une transition numérique. C’est aussi une tâche qui incombe aux décideurs appelés à réinventer les procédés idoines pour que la population adhère à cette restructuration par la communication soutenue pour instaurer un nouvel état d’esprit, car sans l’adhésion de la population, la transition numérique sera difficile de s’implanter dans les esprits. Le travail à opérer concerne plusieurs axes à la fois local, régional et national. Tout d’abord la mise en place d’une commission à l’effet de diriger cette restructuration qui aura pour missions de définir une stratégie nationale susceptible de réunir toutes les conditions de réussite de la transition numérique. Ensuite, le codage des individus, des biens et des infrastructures de toutes les villes, villages et lieux du pays, l’intégration des normes reconnues mondialement, la géolocalisation de tous les lieux du pays, la définition, le rôle et le choix méticuleux et méthodique de chaque information (responsable, sécurité, modification), la détermination des besoins nationaux et régionaux en matière d’information… Enfin, la construction des modèles et des bases de données afférentes et élaboration des logiciels et systèmes informatiques appropriés. Bien sûr, on ne repart pas de zéro. Les briques existantes (banques, la poste,…) devront être intégrées dans la nouvelle architecture.

Instaurer une culture du numérique, est-il impossible ?
La culture du numérique ne se décrète pas tout autant qu’elle ne se résume pas à l’existence d’équipements informatiques aussi sophistiqués soient-ils, sinon l’Algérie serait l’un des pays le plus développé dans le numérique étant donné le parc informatique existant. À travers les différentes organisations du pays, on constate que ces équipements ne sont pas, dans leur immense majorité, incorporés dans une véritable conduite de changement. Ils sont là pour accomplir certaines tâches basiques de la bureautique. L’instauration d’une culture numérique dans les organisations n’est pas chose aisée. Un travail au quotidien est nécessaire pour motiver et impliquer les personnels car il n’existe pas de solution prête à l’emploi. Il appartient à l’organisation de créer les conditions appropriées à la mise en place du numérique comme suggéré précédemment, et aussi par l’explication, à tous les niveaux, de la portée et de l’intérêt des nouvelles technologies en organisant des ateliers participatifs d’information et de formation. 
Il faut entreprendre ce travail en ayant dans la tête l’idée qu’à tout changement, de nouveaux défis se présenteront inévitablement : résistance de certains qui s’arc-boutent contre le numérique.

Conclusion
On peut tout confiner, sauf l’information. Durant les périodes de confinement, les pays qui avaient déjà opéré leur mue numérique ont parfaitement réussi leur pari dans ce domaine, quoique l’on dise. Le télétravail dans ces pays a fonctionné et leurs enseignements à distance se sont effectués. Il est connu que toute crise, révolution ou innovation majeure entraîne des changements profonds dans la société dans laquelle elle se produit, avec de fortes résonances ou impacts au niveau de la planète. Cette crise sanitaire devra en particulier nous entraîner vers la numérisation des actes quotidiens de la société algérienne. 
En tant qu’œuvre à bâtir, elle devra être intégrale et s’adosser à une étude approfondie de la situation existante afin de lever les freins de cette mutation économique. Ceci ne vient pas d’un claquement de doigts, mais par l’étude des fonctionnalités des briques existantes, la définition des nouveaux besoins, la construction des systèmes y afférents… 
L’Algérie a toutes les ressources pour réussir sa transition numérique et aurait pu le faire avant même certains pays européens. Ce qui est demandé de celles et de ceux qui sont censés la porter est la passion à bâtir et à bien faire les choses. La volonté seule ne suffit pas, car, au moindre fléchissement, elle devient contre-productive.
B. K.

(*) Professeur des universités, Université Mohamed-Boudiaf de M’sila.

 


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