Sans réformes, le gouvernement sera contraint de recourir aux financements extérieurs»



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– Le gouvernement prépare le projet de loi de finances pour 2021. Les dispositions de l’avant-projet de loi de finances, examiné lors du dernier Conseil des ministres, n’ont pas prévu l’augmentation de la TVA, ni la TAP, ni l’IBS. Ce qui est revu à la hausse, ce sont les taxes sur les produits tabagiques, les boissons alcoolisées, certains documents administratifs, etc. Quelle lecture peut-on faire de cette première mouture de la loi de finances 2021 ?

Le gouvernement fait face à des arbitrages très difficiles sur le plan budgétaire et n’arrive pas à endiguer la dégradation continuelle des équilibres macroéconomiques du pays et le creusement du déficit budgétaire qui se dirige malheureusement vers un niveau insoutenable (déficit du Trésor -2386,6 milliards de dinars en 2019).

Les marges de diversification des ressources budgétaires sont très étroites du fait de la prépondérance du niveau de l’économie informelle et surtout la faible traçabilité des transactions financières et commerciales. Généraliser la facturation et le paiement électronique est perçu d’ailleurs comme un exploit !

Cela demeure donc fortement problématique dans un contexte socioéconomique marqué par une récession et une crise sanitaire, de recourir à l’augmentation de la pression fiscale sur les entreprises.

Mais aussi, il est bien évident que ce ne sont pas les taxes sur les produits tabagiques, les boissons alcoolisées, les timbres et les documents administratifs qui vont répondre aux besoins en ressources de l’Etat, car ces taxes n’ont généré que quelque 200 milliards de dinars en 2019, alors que l’IRG, l’IBS et la TVA constituent 75% des recettes fiscales en 2019, soit 2095 milliards de dinars.

Pour 2021, les prévisions des recettes globales sont estimées à 5328 milliards de dinars, ce qui permet de couvrir uniquement les dépenses de fonctionnement qui sont estimées à 5314 milliards de dinars.

– Ne pensez-vous pas que l’instauration de certaines taxes et de certaines dispositions ne témoignent pas de l’impasse budgétaire à laquelle fait face le gouvernement ?

Justement, cette impasse budgétaire s’explique par la difficulté structurelle de trouver des ressources budgétaires et fiscales susceptibles de compenser à court terme le manque à gagner en fiscalité pétrolière.

Il faut rappeler que le solde budgétaire s’élève à -27,7% du PIB hors hydrocarbures et la dette publique est de l’ordre de 46% du PIB en 2019.

Les actions sporadiques visant la rationalisation des dépenses publiques, comme celles prévues dans l’APLF-2021 visant à clôturer 37 comptes d’affectation spéciale, ne seraient pas en mesure de donner un effet notable, si elles ne seront pas inscrites dans un cadre global du changement de paradigme de gouvernance économique en général et des finances publiques en particulier.

Le choix politique national d’un Etat-social ne devrait pas être instrumentalisé et justifier la négligence de la logique économique rigoureuse.

Il en demeure tout de même que des niches peuvent êtres mobilisées rapidement, comme l’amélioration des recettes ordinaires, notamment les produits et revenus des domaines qui n’ont pas dépassé les 50 milliards de dinars en 2019, la taxe foncière, les différentes taxes de la voirie des collectivités locales et l’amélioration du recouvrement de l’impôt sur la fortune qui nécessite la mise en place d’un système d’information et de contrôle numérisé et une coordination intersectorielle.

– Quelles pourraient être les conséquences de cette situation aggravée par la crise sanitaire pour l’année prochaine sur les ménages, l’entreprise et l’emploi ?

Selon les prévisions du FMI, l’Algérie devrait enregistrer une contraction de -5,2% du PIB en 2020, soit une perte de création de richesse d’environ 10 milliards de dollars.

Une telle situation ne sera pas sans conséquence sur 2021, surtout que les prix du pétrole stagnent depuis plusieurs mois avec une moyenne de 41 dollars le baril et les marchés pétroliers demeurent pessimistes pour 2021 à cause du retour au confinement dans certains pays et l’absence d’un vaccin contre la Covid-19.

Le gouvernement doit agir à court terme pour stabiliser certains indicateurs, comme le taux d’inflation, le taux de chômage et contrôler efficacement le glissement du dinar pour éviter une inflation importée et la pénalisation des entreprises qui dépendent des intrants importés de l’extérieur.

Les entreprises doivent bénéficier de mesures de soutien plus efficaces et concrètes avec un engagement de leur part de maintenir les emplois pour cette année et l’année prochaine, car le défi à affronter en 2021 sera le chômage des jeunes diplômés et l’augmentation de la précarité de certaines catégories fragiles de la société.

– Malgré la difficulté, le gouvernement n’ose pas franchir le pas pour opérer de profondes réformes. Ne pensez-vous pas que ces dernières rattraperont le gouvernement tôt ou tard et que cela vaut mieux tôt que tard ?

L’importance de l’économie informelle qui évolue en dehors du système fiscal et bancaire, la fraude et la corruption, l’insécurité juridique, la bureaucratie et la rigidité institutionnelle sont des éléments structurels qui bloquent les réformes économiques et l’amélioration du climat de l’investissement.

Le gouvernement devrait affronter méthodologiquement les réformes profondes consistant surtout à stabiliser à court terme les positions financières intérieures et extérieures avec un cadrage budgétaire prévisionnel à moyen terme visant la réduction des niveaux des déficits et le maintient de certain équilibres macroéconomiques.

La rationalisation devrait toucher les transferts sociaux budgétisés qui s’élèvent à 1797,6 Mds DA en 2020, les subventions de fonctionnement de certains établissements publics, les subventions de l’énergie et du secteur agricole et la maîtrise des déficits structurels de la CNR (environ -700 milliards de dinars par an).

Sans aborder ces chantiers, le gouvernement sera contraint de recourir à la planche à billets et aux financements extérieurs.

Je pense en tout cas qu’il est plus que jamais urgent de construire un consensus économique et social pour éviter au pays le scénario vénézuélien. C’est à travers un consensus inclusif que les acteurs seront mis à contribution pour un effort national visant à construire une économie compétitive et durable.


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