Les collectifs estudiantins maintiennent la mobilisation



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Le 26 février était le départ de l’an II du hirak ; c’était aussi la date anniversaire du hirak des campus. En ce mardi, il y a deux ans, la communauté estudiantine a quitté la contestation in situ pour investir la rue. Alger, Constantine, Béjaïa, Annaba, Tizi Ouzou et Oran ont vu déferler une marée humaine à travers les principales artères des villes scandant des slogans inhérents à l’Etat de droit, à la justice sociale et à la séparation des pouvoirs.

Des revendications brandies quatre jours auparavant par des millions de citoyens sortis dénoncer le forcing du cinquième mandat que voulait briguer le président sortant, Abdelaziz Bouteflika.

Depuis, il est devenu question du «Mardi des étudiants» ou le «Mardi du campus», un rendez-vous hebdomadaire qu’il n’est toléré de rater qu’en raison des examens. Les premières marches, si elles se passaient sans heurts dans certaines villes, elles l’étaient moins dans d’autres, notamment à Alger. Qui ne se souvient pas de cette contestation à la capitale où les étudiants furent aspergés par des trombes d’eau par les forces de l’ordre ? C’était pendant le neuvième mardi de la contestation. Une journée particulièrement tendue, ponctuée par des actes de répression qui se sont abattus sur ces manifestants pacifiques.

Ces derniers ont essuyé stoïquement des jets d’eau et de bombes lacrymogènes : «L’usage de bombes lacrymogènes par les forces de l’ordre ont indisposé les manifestants, rendant l’atmosphère irrespirable. Nous avons quand même maintenu le cap, tout en scandant ‘’Silmia, Silmia’’. Un camion s’est mis en travers de notre itinéraire pour nous asperger d’eau». Inébranlables, les marcheurs tournent la situation en dérision en clamant : «Ohé, ohé, zidoulna shampooing nkounou labass». (Ajoutez-nous du shampooing et on se portera mieux). Ce n’est là qu’un échantillon des entraves subies chaque semaine, pendant toute une année. Et les interpellations deviendront légion. Certains seront condamnés par la justice, d’autres feront de la prison, mais rien ne vient altérer leur volonté.

UN ÉLAN FÉDÉRATEUR

La première année du Hirak a imposé une organisation de la communauté. Cette dernière s’est retrouvée désarmée face à ce défi qui s’impose à elle. Le conseil national de l’enseignement supérieur (CNES), censé la représenter, a volé en éclats deux mois auparavant. Bicéphalé, le syndicat n’a pu resserrer les rangs au début du mouvement. Des tentatives de structuration ont eu lieu, mais sans réussi à fédérer l’ensemble du corps enseignant. Des coordinations ont vu le jour. Rares sont celles ayant résisté aux divergences, à l’exemple de la coordination des universités de Constantine (CUCH). Cette instance, revendiquant «l’instauration d’un socle démocratique et d’espaces de la libre expression sur les campus», selon le Pr Nasser Djebbar, l’un de ses membres fondateurs, s’est investie par la suite dans un projet plus exhaustif ayant abouti à la naissance de la coordination nationale des universitaires algériens pour le changement (Cnuac). « Il n’est plus question d’ancrage local, il s’agit de la survie du mouvement et de la meilleure synergie pour le booster», a-t-on argué.

Depuis, la coordination est devenue le forum des universitaires démocrates (FUD), très active sur le Web. Entre les instances qui se font et se défont, des étudiants ont préféré mettre sur pied leurs propres structures. Certains sont devenus des leviers du mouvement. Actuellement, il est dénombré au moins quinze collectifs estudiantins à travers tout le territoire, agissant de concert et initiant des actions communes. L’engagement dans cette dynamique, selon eux, n’est ni une lubie encore moins une vue de l’esprit. Cent sept mardis au compteur et des convictions inébranlables que traduit un discours clair et sans équivoque : «Notre combat est contre un système inique, rentier, liberticide… qui a confisqué la souveraineté populaire depuis l’indépendance. Le citoyen est écarté des centres de décisions, l’étudiant n’est nullement associé aux dispositions prises dans l’enseignement supérieur, la démocratie est une pratique au quotidien».

SLOGANS ET POLÉMIQUE

Cette représentation des collectifs est restée mobilisée depuis l’interruption des marches, il y a presque un an. Sur les campus, elle manifestait, chaque mardi, par des sit-in son soutien aux étudiants détenus, dont Walid Nekkiche, Walid Kechida, Abdennour Ait Saadi, Yasser Kadiri et tant d’autres.

La polémique, qui s’est installée sur les réseaux sociaux et s’est accaparée une partie du débat médiatique concernant les slogans de la marche du vendredi, 26 février, n’atteindra pas les rangs du Hirak estudiantin, est-il soutenu. Avant chaque sortie hebdomadaire, les collectifs insistent sur le choix des slogans dont les messages doivent véhiculer les revendications citoyennes. A commencer par le rejet de l’immixtion entre le politique et le militaire : «Dawla madania machi askaria», (Etat civile et non militaire), est le slogan le plus répété, talonné par «Harrirou Ettalaba», (Libérez les étudiants détenus). Il est aussi dénoncé «la justice du téléphone», le verrouillage du champ médiatique et la réduction des espaces de la liberté d’expression.

UN RETOUR TIMIDE

Pour le 1er mardi du deuxième round, des dizaines d’étudiants ont investi la rue à Alger. Prévisible, la répression était aussi au rendez-vous. La procession est empêchée par la police d’accéder au centre-ville. Selon le Comité national pour la libération des détenus (CNLD), dix-huit personnes ont été interpellées puis relâchées en fin de journée. Dans les autres campus du pays, les communautés sont partagées sur la question du retour de leur mouvement. La crise sanitaire, qui peut dissuader plus d’un, a, en outre, réduit les effectifs. Le dispositif de vagues, qui assure un enseignement hybride, à distance et présentiel, impacte fortement la mobilisation. Il y a moins d’étudiants au niveau des facultés et des cités U. «Avant la suspension des marches en mars 2020 en raison de la pandémie de la Covid-19, il restait à peine cinq universités impliquées dans le Hirak », est-il rappelé.

Et partant, il est de notoriété publique que la mobilisation a connu quelques revers, mais le mouvement, grâce aux irréductibles, a su se maintenir en déjouant bon nombre d’obstacles sur son chemin. Durant le mois de ramadan et sous les températures caniculaires de l’été, les hirakistes ont poursuivi l’action protestataire du mardi. En dépit des contraintes pédagogiques, survenues dès la rentrée universitaire 2019/2020, ils ont fait preuve de résilience en gardant le cap. Il y aura certes des défections, mais assez d’étudiants pour battre le pavé, comme dans la capitale. Ou encore à Constantine, l’horaire de la marche sera décalé, de 10h à 13h, pour pouvoir manifester. Changer de fusil d’épaule pour ne pas abdiquer.

Entre temps, le mouvement a disparu dans les autres wilayas. Qu’en est-il de son retour ? A Constantine, le Collectif des étudiants (CEC) nous a assuré du «retour du Hirak». Les collectifs à Alger, au moins six, dont l’UEAL (Union des étudiants algériens libres) et le REC (Rassemblement des étudiants pour le changement) ont déjà annoncé la couleur. Ils comptent bel et bien restituer «leur journée». «Nous faisons le vœu de l’avènement d’une IIe République par le biais d’une assemblée constituante ; pour l’heure, nous ne sommes pas là, mais le Hirak est une idée qui finira par prendre forme», nous répond une étudiante quant aux acquis du mouvement. «Les étudiants se sont intéressés à la chose politique. Avec le corps enseignant, nous avons ressuscité le débat d’idées dans l’espace universitaire.»

FORCE ET VITALITÉ

Le Pr Mohamed Zaâf, du département de métallurgie à l’université Badji Mokhtar de Annaba, nous résume ici les deux années du Hirak universitaire : «La révolution enclenchée depuis deux ans a permis de libérer l’université. Depuis, à l’image du collectif NUR de l’université d’Annaba, du collectif des enseignants et ATS de l’université de Béjaïa ou de la CUCH de Constantine, de nombreux collectifs d’étudiants, d’enseignants et de travailleurs ont vu le jour, contribuant à donner plus de vitalité et de force au Hirak. Même si la répression et la pandémie ont favorisé le recul de la mobilisation et le retour des forces du système à l’université, la profondeur du Hirak et sa puissance venue de la conscience acquise par la société ont fait que les capacités de mobilisation sont restées intactes. Les journées du 22 février, la marche réprimée des étudiants d’Alger le mardi 23 février et celle du vendredi 26 l’ont confirmé.

Cependant, la reprise partielle des cours, les mesures prises pour permettre aux étudiants absents de passer les examens normalement, pour empêcher les cités universitaires de recevoir les résidents en nombre suffisant, la tenue des examens sans présentiel n’ont pas favorisé une reprise forte de la communauté universitaire dans le Hirak même si un nombre appréciable d’étudiants et d’enseignants ont participé aux marches sans carrés particuliers.

Par ailleurs, tout au long du confinement et de la période d’arrêt des marches, les universitaires n’ont pas été en reste de tous les débats qui ont maintenu la flamme du cette révolution. Les lives organisés dans les réseaux sociaux par les différents collectifs nés dans le Hirak dont le Forum des universitaires pour la démocratie (FUD) en sont témoins. Au FUD, nous considérons que notre plus grand apport est dans l’animation des débats, la contribution à ouvrir des perspectives politiques porteuses favorisant une issue positive à la crise que vit notre Etat.

Notre appel, daté du 21 février 2021 et publié dans votre quotidien, est dans cet esprit. Il considère qu’il est temps que le Hirak se dote de deux outils indispensables pour réussir notre révolution, un projet d’Etat clair et l’organisation démocratique des différents segments du Hirak autour de plateforme et de convergences communes».


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