Les think tanks et l’universitaire dans la sphère de l’économie de la connaissance



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Par Baddari Kamel(*) 
L’évolution de la société et la manière dont opère l’économie de la connaissance sont à l’origine de l’émergence des think tanks, autrement dit des «réservoirs d’idées» servant à établir des liens de triangularité entre les mondes du savoir, du pouvoir et du citoyen. 

Dans cette sphère, l’universitaire à toute sa place car il est le producteur des connaissances. Son rôle, éminemment important face à cette évolution, ne doit pas rester fixe à un substrat de considérations partisanes ou traditionnelles. À l’image des pays dits développés, l’universitaire est appelé à s’y impliquer sans pourtant considérer cette implication comme une déviation de son rôle traditionnel mais un prolongement naturel de ses missions sous une forme pour laquelle il n’est pas habitué. Ceci dit et pour mieux apprécier ce que devra être le rôle des think tanks dans une économie, il n’est pas inutile de revenir sur le rôle et la contribution de l’universitaire et, au-delà, de l’université dans l’économie de la connaissance.

La contribution de l’université dans l’économie de la connaissance et la production des brevets
La mission majeure de l’université est,  d’une part, d’assurer à la société la formation de celles et de ceux qui contribueront à élever son niveau de connaissances et, d’autre part, de renforcer sa compétitivité par les publications scientifiques indispensables à son ouverture et à son classement international, mais aussi par l’innovation, la production de brevets, les prestations de services et expertises sans perdre de vue le maintien et l’amélioration de son vivier des universitaires par la formation en doctorat.
Si telle est la mission de l’université et prise en tant que telle, il est fort à parier que personne ne démentira le fait que l’université, aujourd’hui, peine à assurer la totalité de cette mission pour des raisons diverses. 
Le manque de présence des universitaires dans le  milieu  industriel, économique et dans des clubs tels que les think tanks, conjugué à une piètre communication, a réduit considérablement les contacts de ceux-ci avec les entreprises et les institutions faisant de telle sorte qu’il leur est difficile de capter les besoins de celles-là, empêchant ainsi l’université de remplir convenablement cette mission.
Dans un autre volet et concernant les brevets d’invention, dans la littérature et de manière générale, on définit un brevet comme une invention signée par au moins un chercheur, un établissement d’enseignement supérieur, un centre national de recherche ou une entreprise, soit exclusivement ou conjointement avec d’autres ayants droit. On voit donc à travers cette définition que l’université est sollicitée à tenir un rôle important en matière de brevets. Il est observé d’une manière générale que la production des brevets en grand nombre améliore la position du pays en question dans le domaine de la recherche et de l’innovation. En d’autres termes, le nombre de demandes de brevets déposées par les universitaires est un indicateur de production des connaissances important pour évaluer la performance de l’université dans le concert des nations. Il est aussi un indicateur important pour les entreprises pour évaluer leur capacité à l’innovation. Selon l’information officielle émanant de l’organisme algérien chargé de cette activité, les demandes de brevets sont en régression pour les périodes de 2017 et 2018. Mais cette donnée, si elle est vérifiée, ne reflète pas la réalité car beaucoup de demandes de brevets d’Algériens ou de résidents sont déposées hors du pays. Un effort est à consentir pour que les nationaux déposent leurs demandes de brevets dans le pays, ce qui pourrait avoir comme conséquence l’amélioration de son positionnement dans le classement mondial, et de lui permettre de posséder des aspects monopolistiques qu’il pourra exercer en matière d’innovation à l’échelle mondiale.

Les think tanks, de quoi parle-t-on ?
Le rôle de l’universitaire dans l’économie de la connaissance ne se limite pas à la production et à la diffusion des connaissances. Son rôle devrait aller au-delà du champ académique. Pour y parvenir, il dispose des think tanks, sorte de «clubs de réflexions» (ou «laboratoire d’idées», ou encore «creuset de la pensée») dont le rôle est de se préoccuper des questions économiques, politiques, sociales, géostratégiques... et proposer des solutions aux décideurs sur la base de diagnostics riches, clairs et loyaux, susceptibles d’améliorer les états des lieux objet de l’étude. 
Dans le domaine des connaissances, il assure une large diffusion de celles-ci pour le large public mais aussi pour les responsables politiques et économiques. Ainsi, un think tank est un organisme indépendant de recherche appliquée, peuplé d’universitaires et des milieux de pouvoir politique, pour venir en aide au gouvernement en se consacrant aux questions d’intérêt public et à leur analyse tout en ne phagocytant pas son intention d'influencer le processus d’élaboration des politiques publiques lié à cette recherche.
Une étude des critères qui définissent un think tank tel que l’existence d’un personnel hautement qualifié dédié à la recherche, à la production originale de réflexions, d'analyse et de conseil… ou encore l’ambition d’œuvrer à la conception, à l’amélioration et au renforcement du bien public par opposition aux organismes à but essentiellement lucratif montre qu’elle couvre un large spectre des missions de l’université. C’est la raison pour laquelle l’universitaire est appelé à s’y impliquer, ce qui lui permettrait d’exercer son métier ailleurs que dans son institution, d’apporter la rigueur académique à ses travaux et à en faire une valeur ajoutée au bénéfice de la société.  
À cet égard, il y a lieu de préciser qu’il y a quatre types de think tanks : les think tanks qui travaillent à des études de prospectives économiques commandées par les institutions publiques ; les «Advocacy Think Tanks», voués à une cause, promeuvent des études et soutiennent des idées en lien avec les valeurs qu’ils veulent défendre ; les think tanks liés aux partis politiques en leur produisant des travaux utiles, mais qui essaient néanmoins de garder leur autonomie intellectuelle pour préserver la qualité et l’éthique de leurs recherches ; et enfin les think tanks dits «universités sans étudiants» composés en général d’universitaires et de chercheurs qui s’emploient à réaliser des études avec un souci de rigueur économique.
Seuls le premier type de think tanks et le quatrième sont susceptibles d’intéresser les universitaires qui souhaitent exercer leurs compétences en dehors de l’université tout en restant proches de leur milieu universitaire. Il est constaté que le classement des pays qui produisent le plus grand nombre de think tanks est très proche de celui des pays les plus actifs dans le domaine de la recherche et de l’innovation.

La situation en Algérie
La situation en Algérie en matière de think tanks est à ce jour en état d’incubation. À notre connaissance, seul un think tank est opérationnel. Il s’agit de Nabni, une sorte de think tank du type «Advocacy Think Tanks». Ce manque d’instruments de prospective et de régulation économique n’est évidemment pas dû à l’inexistence de la matière grise, mais  plutôt au manque de tradition en la matière. La quasi-inexistence de think tanks dans le pays relève en premier lieu de l’insuffisance de lien de triangularité entre les universitaires, le monde économique et politique servant à installer cette tradition. Tant que l’universitaire se cloître dans son univers assez restreint, que le politique ou l’économique ne se préoccupe pas de l’intérêt de ce lien et de cet instrument éminemment indispensable à l’économie nationale, il est difficile d’envisager un changement qui permettrait l’émergence de think tanks dont la présence est indispensable à l’administration qui ne dispose toujours pas d’outils d’analyse d’envergure ni de ressources humaines suffisantes, capables de les faire et de les interpréter.

Conclusion
Les think tanks n’échappent pas aux critiques. Selon certains, ils seraient des outils de propagande au service d’une idéologie conservatrice, ou encore qu’ils manqueraient d’indépendance vis-à-vis de ceux qui les financent. Ces critiques n’enlèvent rien à leur mérite qui est en premier de rapprocher les universitaires du milieu de la prise de décision et de fournir au gouvernant l’outil d’analyse ainsi que les ressources humaines de qualité. Face à ces critiques, certains pensent, au contraire, que les think tanks sont à créer car il s’agit d’un enjeu de la gouvernance moderne, et que leur émergence constitue un indicateur de mesure du degré de confiance fait par le gouvernant à la société civile.
B. K.

(*) Professeur des universités, expert de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique et conduite de changement.


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