Mohamed Kacher >> Chercheur et enseignant à l’ENSSMAL

«L’Etat n’a jamais mis en place des règles de marché spécifiques pour ce secteur économique»



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Dans cet entretien, le chercheur apporte quelques éléments de réponses sur la problématique que rencontre le secteur de la pêche en Algérie. «L’Algérie réalise l’une des trois meilleures captures en Méditerranée. Ensuite, il faut savoir qu’avec la moitié de la flottille actuelle (2021), l’Algérie réalisait en 1990 les mêmes 100 000 tonnes de capture totale.

Conclusion : même si la flottille a doublé et a été modernisée pour une partie, la pratique du métier de la pêche n’a pas évolué et en plus, on est toujours à pratiquer les mêmes zones de pêche…», affirme notre interlocuteur.

 

 

> Propos recueillis par  Nadjia Bouaricha

 

 

-Comment expliquer qu’un pays jouissant de 1600 km de côtes n’arrive pas à nourrir correctement ses citoyens en ressources halieutiques ? Le littoral algérien est-il riche en ressources halieutiques ?

Un linéaire de côtes de 1200 ; 1280 ; 1400 ; 1600… je ne comprends toujours pas qui en décide. Si nous ne connaissons pas notre linéaire de côtes, c’est quand même singulier… La ressource halieutique évoluant dans les eaux algériennes est déterminée, du point de vue du volume débarqué, par la ressource en petits pélagiques (sardine, anchois, allache) qui constitue plus de 60% des 100 000 tonnes de captures totales. Ces espèces ont la particularité d’être en perpétuel mouvement migratoire sur l’ensemble de la Méditerranée et pour certaines même sur la Méditerranée et l’Atlantique Est. Sachant que la Méditerranée algérienne ne permet qu’une centaine (80 à 100) de jours d’activité par an pour les senneurs (sardiniers) du fait du mauvais temps en mer, la performance des pêcheurs dépend de la disponibilité en ces espèces dans les zones de pêche qu’ils fréquentent habituellement et cela pendant cette centaine de jours d’activité.

Les 40% restant de la capture totale sont assurés par les chalutiers et les petits métiers. Les chalutiers ont 200 jours d’activité par an. Ils ciblent la ressource demersale ou se nourrissent au contact du fond (rouget, merlu, mustelles, faux merlan, saint-pierre…), la ressource semi-pélagique ou entre deux eaux (pageots, pagres, bogues, saurels…) et la ressource benthique ou collée sur le fond (raie, sole, crevette, ..). Les zones de pêche fréquentées par les chalutiers ressemblent à des couloirs dépourvus de failles et d’obstacles, ce qui en fait des zones très limitées en nombre. La ressource ciblée par les chalutiers a une dynamique migratoire plus lente avec un rayon d’action généralement limité. Les petits métiers, comme les sardiniers, ont 80 à 100 jours de mer praticables. Ils ciblent un panel d’espèces important qui regroupe presque les mêmes espèces ciblées par les sardiniers et les chalutiers mais dans les zones, généralement, à fond accidenté Les espèces emblématiques du petit métier sont : l’espadon, le thon, les sars, les langoustes, les poulpes…

Pour répondre au fond de votre question, je vous donne deux éléments d’information importants. L’Algérie réalise l’une des 3 meilleures captures en Méditerranée. Ensuite, il faut savoir qu’avec la moitié de la flottille actuelle (2021), l’Algérie réalisait en 1990 les mêmes 100 000 tonnes de capture totale. Conclusion : même si la flottille a doublé et a été modernisée pour une partie, la pratique du métier de la pêche n’a pas évolué et en plus, on est toujours à pratiquer les mêmes zones de pêche à défaut de campagnes de prospection pour localiser de nouvelles. Enfin et nonobstant le fait que l’Algérie n’a jamais été dépendante des produits de la mer dans son alimentation, très rares sont les pays qui assurent la totalité de l’approvisionnement en produits halieutiques à leurs populations – c’est plutôt le marché mondial en ces produits qui assure les demandes nationales.

-Si l’on devait comparer la consommation de poisson en Algérie avec celle enregistrée chez nos voisins méditerranéens, on reste les derniers du classement. Comment expliquer cette situation ? Est-ce la faute à la vétusté des moyens de pêche ou y a-t-il d’autres facteurs à prendre en ligne de compte ?

Les rations ou la consommation per capita ne peut pas s’appliquer pour les produits halieutiques qui ne sont pas indispensables pour la santé humaine, c’est comme si vous décidiez d’une consommation per capita pour les pommes ou les bananes. C’est la disponibilité qui crée le besoin lorsque le marché est régulé. Le problème en Algérie est que les politiques de développement et les incitations à l’investissement dans le secteur des produits halieutiques ont été surdimensionnées, alors qu’en parallèle, l’Etat n’a jamais mis en place des règles de marché spécifiques pour ce secteur économique.

-Qu’est-ce qui détermine le facteur prix des produits de la mer ?

Aujourd’hui, un sardinier standard dépense 6 millions de dinars par an (charges sans les salaires) pour pêcher 20 tonnes de poissons, ce qui nous fait arithmétiquement un coût de production en mer de 300 DA le kilogramme. Une fois débarqué à terre, le producteur n’a aucun contrôle sur le prix de vente et souvent ce dernier est inférieur à 300 DA. sAvec nos étudiants, nous avons réalisé une étude qui a conclu que : au cours actuel de l’euro, au niveau des charges et aux prix actuels des intrants pour l’activité de la pêche, même si un sardinier doublait sa production (40 tonnes au lieu des 20 actuelles) et que le prix de vente au débarquement monte à 400 DA le kilogramme, l’armateur (le propriétaire du navire) restait déficitaire et le marin toucherait à peine plus que le SNMG. Actuellement, cette activité (pêche) est économiquement non viable. A l’exception du gasoil et des lubrifiants, tous les intrants de la pêche sont importés par les professionnels eux-mêmes. Imaginez qu’en 1990, le litre de gasoil était de 1 DA pour un prix moyen de 50 DA le kilo de sardine au consommateur, aujourd’hui le gasoil frôle les 30 DA -n’allons pas aux prix des machines et à leur entretien (moteurs et treuils), aux prix des matériels et équipement de pêche (filets, câbles, accastillage…) qui sont payés en euro du marché parallèle. Une dépréciation du dinars face à l’euro de 10% implique plus de 600 000 DA de charges supplémentaires pour une année d’exploitation. Contrairement à l’agriculture, la pêche ne bénéficie d’aucune subvention ou d’aide de l’état.

-Beaucoup d’espoir a été placé dans les fermes aquacoles afin d’augmenter la production de certaines espèces. Toutefois, le résultat des projets d’exploitation de fermes aquacoles n’a pas été à la hauteur des espérances et le poisson demeure onéreux et peu présent sur les étals ? Qu’est-ce qui explique cela à votre avis ?

Comme pour la pêche, la vision du développement de l’aquaculture en mer à été surdimensionné. Tous les intrants sont importés et donc leurs prix soumis aux fluctuations du taux de change. Par ailleurs et comme pour la pêche, le poisson issu de l’aquaculture est soumis au même circuit de commercialisation que la sardine et donc à un non-marché.

-Existe-t-il réellement une stratégie pour sauver le secteur ? Que faudrait-il faire pour revoir l’organisation du secteur en garantissant une meilleure exploitation de la ressource halieutique ainsi qu’un niveau de consommation acceptable ?

Pour vous répondre, je vous dirai ceci. Les vraies solutions existent mais elles ne sont pas d’actualité sur le terrain. Nous sommes des chercheurs prêts et disponibles pour toute sollicitation émanant des gestionnaires de ce secteur.


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