Mahmoud Boudarène. Psychiatre, docteur en sciences biomédicales

«Le déconfinement a été fait dans la précipitation»



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«Aujourd’hui, médecins et infirmiers manifestent des signes d’épuisement, ils appellent au secours et les autorités ne semblent pas les entendre. Pour autant, cet épuisement est là», alerte ce praticien de la santé.

Le déconfinement a été fait dans la précipitation et sans l’accompagner de la communication nécessaire pour que les populations continuent à respecter les mesures sanitaires de rigueur, estime le Dr Mahmoud Boudarène.

«Comme chacun pouvait s’y attendre, l’épidémie a repris depuis maintenant une quinzaine de jours. Le nombre de sujets contaminés testés positifs chaque jour est là pour le prouver.

Heureusement que tous ne présentent pas la forme grave de la maladie et que le nombre de décès reste relativement bas», constate-t-il, ajoutant que certains ne croient pas à la recrudescence de l’épidémie et pensent que le nombre de sujets testés positifs est plus important parce que le test est plus largement utilisé.

«Cela est vrai, mais le nombre croissant de malades qui sont hospitalisés ou mis en quarantaine chez eux est là pour montrer que l’affection est en croissance constante», indiquera le Dr Boudarène.

Pourquoi en sommes-nous arrivés à cette situation ? «Je pense que le déconfinement a été fait dans la précipitation et sans l’accompagner de la communication nécessaire pour que les populations continuent à respecter les mesures sanitaires de rigueur.

Les décisions prises par les pouvoirs publics dès les premiers instants ont réussi à contenir l’épidémie malgré le manque de moyens et d’expérience des personnels de santé. Le confinement a été notamment d’une efficacité indéniable, d’autant que les populations se sont solidarisées pour assumer une situation épidémiologique hors du commun et un confinement inédit», analyse notre interlocuteur.

Selon lui, le monde entier était inscrit dans la même logique. Les réseaux sociaux ont joué un rôle déterminant dans la communication et dans la décision de ce confinement. «De ce point de vue, il faut rendre hommage à la population qui a su et pu être à la hauteur de l’événement.

Comme partout dans le monde, le confinement a des répercussions sur la vie économique des pays mais aussi sur les familles, et notre pays n’était pas en reste d’autant que la situation économique des familles était critique et que l’Etat n’a pas été en mesure d’apporter son soutien à celles (les familles) les plus vulnérables», dit-il.

Si le déconfinement s’était avéré être une nécessité pour des raisons économiques, il a été fait dans la précipitation et n’a pas été assorti ou accompagné de l’information indispensable à la compréhension de cette mesure, soutient le Dr Boudarène. «Pour une grande partie de la population, le déconfinement signifiait extinction de la maladie.

Dans tout le pays la vie était redevenue normale, même les mesures barrières qui devaient absolument être respectées ont été ignorées, et l’Etat a assisté à ce laisser-aller sans réagir ou en réagissant mollement. Cela nous a amenés à cette situation désastreuse», regrette-t-il. Et de décortiquer : «Aujourd’hui, les pouvoirs publics tirent la sonnette d’alarme, mais la population semble sourde et ou indifférente.

Il y a comme une espèce de refus – je ne veux pas dire de déni – de la situation. Les sujets n’acceptant pas de reconnaître la recrudescence de l’épidémie sont dans une espèce d’insurrection. Ils ne veulent plus se soumettre aux consignes de sécurité auxquelles appellent les pouvoirs publics.»

Le Dr Mahmoud Boudarène juge qu’il y a une telle cacophonie au sommet qu’il est difficile d’être convaincu de la nécessité d’un reconfinement individuel. Selon ses propos, les recommandations sanitaires sont claires, elles ne doivent pas – pour être suivies – se soumettre à aucune considération qui sort du champ de la médecine. «Les fetwas des hommes de culte auraient dû en l’occurrence être faites dans le sillage des décisions sanitaires.

Ce qui, en l’occurrence, n’a pas été le cas. Cela n’a pas été fait pour rendre cohérente la communication en direction des populations, ce qui a – en partie en tout cas – démobilisé la vigilance des citoyens et les a amenés à ne plus respecter les nécessaires mesures barrières. Pourtant, les choses sont si simples. Le message à donner ne souffre aucune équivoque.

Porter un masque dans les espaces publics, respecter la distanciation sociale, se laver les mains régulièrement au savon ou avec du gel hydro-alcoolique, éviter les rencontres familiales ou amicales et tous les regroupements inutiles», développe le Dr Boudarène. «Les autorités doivent en tout lieu et à chaque instant faire respecter cela.

L’Etat doit mettre à contribution ses services de police, la gendarmerie et l’armée si cela s’avère nécessaire. Ce défaut de pédagogie et de communication en direction du citoyen a facilité le travail de manipulation des consciences.

Les adeptes de la théorie du complot qui ont été mis en échec au début de l’épidémie ont trouvé là la faille et l’occasion de reprendre du service.

Les réseaux sociaux aidant, ils ont distillé des critiques infamantes à l’endroit des personnels de santé, en particulier des médecins, les accusant – contre paiement – de gonfler les chiffres des décès dus à l’épidémie pour servir les desseins du système. Ces derniers – les médecins – ont même été accusés d’avoir falsifié des actes de décès en y portant la mention ‘‘décès par Covid-19’’ pour des personnes décédées pour d’autres affections», relève-t-il par ailleurs.

«Le burn-out est venu plus tôt que prévu»

Une situation qui n’est pas faite, explique-t-il, pour aider à maintenir le moral de ces personnes qui sont en première ligne pour combattre l’épidémie. «Il faut, à cette agression morale perpétrée à l’endroit des personnels de santé, additionner les nombreuses agressions physiques dont ils sont l’objet un peu partout à travers le pays.

Certains sont pris à partie dans l’exercice de leurs fonctions par des délinquants qui sont dans une logique anti-sociale permanente, ou encore par des malades ou des parents de ces derniers en proie à la panique et qui passent à l’acte violent sans discernement», note le Dr Boudarène.

«Les pouvoirs publics qui ont toujours été incapables d’assurer la sécurité dans nos structures de soins réagissent quand le mal est fait. Le chef de l’Etat veut aujourd’hui faire voter une nouvelle loi pour punir ce genre de comportement.

Cela n’est pas la solution. Des lois qui punissent l’usage de la violence existent déjà, il faut les appliquer à tout instant et avec toute la rigueur qu’exige la circonstance», préconise l’ancien député.

Pour lui, une nouvelle loi ne fera qu’alourdir le code pénal, en réalité pour réduire la violence «quasi-structurelle» qui affecte nos services de santé, il faut que l’Etat offre un accès à des soins de qualité pour tous les citoyens, affirme-il, soulignant que ces derniers, rassurés, seront moins enclins à user de la violence pour se soigner.

«Les délinquants seront plus faciles à identifier et à punir. Aujourd’hui, médecins et infirmiers manifestent des signes d’épuisement, ils appellent au secours et les autorités ne semblent pas les entendre. Pour autant, cet épuisement est là. Le burn-out est venu plus tôt que prévu», diagnostique ce spécialiste de la santé mentale. Cette situation a duré et l’aide psychologique et morale qui était attendue n’est pas venue, fait-il observer.

Pour argumenter son constat, il a indiqué : «A la charge de travail qui leur est imposée avec une cadence infernale vient s’ajouter celle (la charge) de leurs propres émotions. Jusque-là, dans le feu de l’action, ils ont pu différer leur propre frayeur, mais le nombre de collègues contaminés, ceux qui sont décédés et le bout du tunnel qui n’apparaît pas ont raison de leur résistance.

Au bout, il y a leur possible contagion et celle de leur famille, il y a aussi la mort, qui prend des contours plus précis au fur et à mesure de la recrudescence de l’épidémie.» Une situation intenable, sans répit, assène l’auteur du livre Le stress entre bien-être et souffrance. «Si ces combattants de la santé venaient à baisser les bras, leur désertion est plus que probable.

La catastrophe est alors à venir. Les pouvoirs publics, les autorités sanitaires doivent prendre conscience de cela et mettre en place rapidement – dans l’urgence – un dispositif pour offrir à ces soldats une espèce de ‘‘repos du guerrier’’ et surtout un accompagnement psychologique adapté pour, d’une part, leur permettre de continuer leur travail et, d’autre part, leur assurer un solide avenir psychologique», suggère Mahmoud Boudarène.


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